Ce matin, 7 septembre 1939, en route pour Villers-sur-Meuse, canton de Souilly, arrondissement de Verdun. De Fresnes-en-Woëvre jusqu’à Villers-sur-Meuse, il faut
compter plus de 6 heures de route pour parcourir environ 30 kilomètres.
Villers-sur-Meuse, Rue haute
Un certificat émanant de la mairie de Marcheville qu'ils ont quitté au petit matin les a précédés.
8 septembre 1939, certains, qui dormaient sur la paille depuis la première nuit de leur expédition, connurent la joie de se réveiller et de s'étirer dans un vrai lit avec des draps tout blancs tout
propres. Quel bonheur !
La veille, sur la route de Fresnes à Villers, on avait beaucoup rouspété. L'abbé Schertz fut soupçonné de favoritisme. Le "bas du village" l'accusait de mieux loger le "haut du village" notamment
Jeanne BASSOMPIERRE, soeur du garde-champêtre, Madame HUMPSH et sa fille Irène, Anna GOBY et d'autres dames habitant près de l'église. Etaient-elles plus pieuses ou plus méritantes ?
Les récriminations sont-elles parvenues aux oreilles de Monsieur le Curé, en tête de convoi ? Ou simplement nos gens sont-ils arrivés dans un village déserté par ses habitants ?
Car hier soir, point besoin de courir à la fontaine pour se laver. A leur disposition, une grande maison avec cabinet de toilette et eau courante. Un 5 étoiles en somme.Aussi fit-on toilette complète avant de se glisser dans les beaux draps frais. Cerise sur le gâteau, Thèrèse et Marie-Louise, nos jeunes filles de 17 ans, purent même
disposer d'une chambre particulière, ce qui leur permit, loin des oreilles de leurs mères et compagnons d'infortune, d'échanger quelques confidences sur l'oreiller.
Bien situé sur la rive gauche de la vallée de la Meuse, Villers-sur-Meuse, petit village de 180 âmes en 1939, entre Verdun et Saint-Mihiel, se situe de nos jours sur la "voie verte" bien connue par les cyclistes Belges et
Néerlandais, et disposed'un camping et d'une plage à côté de la Meuse.
Lors des Présidentielles de 2007, Villers-sur-Meuse comptant 199 votants, s'est démarqué totalement du vote national : 64 voix pour Nicolas SARKOZYcontre 103pour Ségolène ROYAL, soit respectivement 38,32 et 61,68 % des voix exprimées.
Fin août 1939, Hestroff, quelques jours avant d'être évacué, dut héberger les soldats en cantonnement.Toutes les maisons furent réquisitionnées. A l'instar des autres dames du village, ém'Harainville, la Biblé avait été obligée de libérer une chambre pour deuxd'entre eux.
Corvée de lessive derrière les maisons CIBIC et DEPENWEILLER - septembre 1939
Collection Association du Fort aux Fresques
Ce matin, vendredi 9 septembre 1939, on plie bagage. Direction Triaucourt-en-Argonne qui accepte de recevoir les réfugiés. Petits et grands s'affairent et nettoient la maison qui doit rester aussi
propre qu'elle l'a été avant leur passage. S'ils veulent continuer à être accueillis dans de meilleures conditions, à eux de prouver qu'ils sont honnêtes et de bonne éducation.
La route sera longue. Plus de 35 kilomètres à parcourir et à penser à la fête patronale qui, ce jour, aurait dû battre son
plein...
A Triaucourt, aujourd'hui appelé Seuil-d'Argonne, nos réfugiés se rappellent qu'à leur arrivée, le vendredi soir, un bouillon leur fut servi en mairie.
Le lendemain matin, samedi 10 septembre 1939, le garde-champêtre vint les prévenir qu'ils ne pourront pas rester dans le village, l'armée venant de le réquisitionner.
Nos parents sont stupéfaits. Pas encore tout à fait remis de la veille, déjà doivent-ils se remettre en route ?
Dans quelles conditions furent-ils logés à Triaucourt ? Personne ne semble plus s'en rappeler..., leur coeur, leurs pensées ce jour-là ayant été probablement à Hestroff, car chez eux, aujourd'hui
veille de la Saint-Jean-Baptiste, les dames, assistées par leurs fillesaînées, auraient préparé des biscuits de Savoie, des brioches, des cakes et surtout
beaucoup de tartes aux mirabelles et aux quetsches à enfourner chez nos deux boulangers, DELLES et HUMBERT. En sortant des boulangeries, c'était à celles qui exhiberaient le plus beau
biscuitkouchen ou les quetschen oda mirabellenfloossen les plus appétissantes.
Bref, le samedi qui précédait la fête patronale était entièrement consacré à la confection de mille et une bonnes choses... alors qu'ici, dernière étape en Lorraine, on se dispute déjà le pain
sec...
Le 151e Régiment d'infanterie a pris ses nouveaux quartiers dans la ville de Metz en 1930. Il y restera durant une période de 9 ans. Ce régiment fut disloqué en
1940.
Collection Adrien MASSON, président du Fort aux
fresques à Hestroff
Aujourd'hui c'est dimanche, 11 septembre 1939, jour du patron de la paroisse de Hestroff. On aurait sorti ses plus beaux habits pour aller à la messe, invité les
cousins à partager le pot-au-feu façon Henri IV, les vol-au-vent aux ris de veau légués par le roi Stanislas et les tartes aux mirabelles et aux quetsches sorties des fours communaux.
Ce soir, nos jeunes filles auraient été danser avec les soldats de Bockange, les jeunes gens du village en auraient pris ombrage, tout ça sous l'oeil attentif et
inquiet de leurs parents.
Au lieu de cela, le convoi fut scindé la veille. Pas question de rester à Triaucourt où l’armée avait priorité. Deux petites communes, avec capacité restreinte, ont
bien voulu prendre en charge une partie des réfugiés. C’est ainsi que les uns ont été dirigés vers Noirlieu, canton de Givry-en-Argonne et les autres vers Saint-Mard-sur-le-Mont, arrondissement
de Saint-Menehould, deux communes situées dans le département de la Marne, à plus de 6 heures de marche du Seuil d’Argonne.
A distance égale du Seuil d'Argonne, St-Mard-sur-le-Mont n'est guère plus grand que Noirlieu situé à 3 lieues, où les nôtres ce matin, 11 septembre, ont la gueule de bois, non pas d'avoir trop bu mais de ne pas avoir réussi à trouver le
sommeil...
Si hier, dépités de ne pas avoir pu se reposer à Triaucourt, nos anciens avaient perdu la mémoire, aujourd'hui, à l'évocation de Noirlieu, tout leur revient.
C'est bien à Noirlieu qu'ils furent accueillis dans une grande ferme. Cette nuit-là,la grand-mère des PICK, Marie-Barbe
SCHNEIDER, fut très malade. Sa belle-fille, la Madeleine, l'a veillée toute la nuit. Comme les propriétaires de la ferme furent bien aimables, Madeleine, qui connaissait bien les travaux de
la ferme pour avoir travaillé à Neudelange près d'Aboncourt avant son mariage, leur donna un coup de main pour traire les vaches au petit matin.
Nos parents se souviennent même d'une "belle et ancienne ferme" où "poussaient de magnifiques légumes".
Par contre, pour St-Mard-sur-le-Mont, hormis l'attestation ci-dessous, nous n'avons pas encore eu d'écho. Alors nous avons fait une visite toute virtuelle aux Martimontais présents sur le web, fiers d'avoir décroché un prix d'encouragement du Comité Régional du Tourisme pour le fleurissement de leur
commune.
Notre prochain tourisme de mémoire sera au moins fleuri.
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Hestroff avant, pendant, après, de 1680 à 1789, 1939-45, 2009, 2010, 2011. Ses habitants, son histoire, sa généalogie, son actualité. Histoire et généalogie pays de Nied, Metz, Moselle