Mardi 13 janvier 2009
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de Philippe de Vigneulles aux
sorcières...
Qui, à Hestroff, n’a jamais entendu parler, toutes générations confondues, de la maison
de la sorcière ? Tout le monde connaît la maison mais plus personne ne sait pourquoi elle a acquis si mauvaise réputation.
En parlant avec les très rares anciens du village qui se souviennent encore de ces pseudo sorcières qu'ils auraient connues alors qu’ils étaient tout jeunes
enfants, on a pu en savoir davantage.
A la fin du 19e, se sont installés au village 3 sœurs et un frère. Personne ne sait d’où ils venaient. Le frère dit M. Schang avait épousé une certaine
Katisch Sch. Alors que le couple M.Schang et Katisch habitaient le haut du village où ils terrorisaient soit-disant leurs voisins, les sœurs, toutes trois demeurées célibataires, habitaient le
moulin qui survécut à la fermeture de la Geissenmillen.
Suzanne l’opulente faisait tourner la roue du moulin, tandis que Hanette était aux fourneaux et Marie la chétive tricotait. Elles ne traversaient le village que
pour se rendre aux Vêpres, habillées d’un caraco recouvrant une longue jupe froncée à la taille, portant gros bas de laine, chaussées de godillots, foulard sur la tête, le tout en noir corbeau et
ne décrochant la mâchoire que pour prédire « la fin du monde quand les oiseaux de fer se croiseront dans le ciel ».
A une époque où le célibat d’une femme était suspicieux, tant chaque souillon trouvant chaussure à son pied, ces trois créatures atemporelles finirent par aiguiser
l’imagination des villageois et faire peur à tout ce petit monde pétri de superstition.
Ne les soupçonnait-on pas de faire ruer les vaches et dessécher leurs pis ?
Le curé, ayant trouvé un livre de sorcellerie caché sous l’autel, n’imposait-il pas les mains avant de lire la messe ? Bref, il n’aurait pas été pas bon
de « tomber sous leur mauvais œil ».
Néanmoins, tout en évoquant les trois soeurs, nous nous entendons dire qu'en fait c'était Katisch, la belle-soeur, la vraie sorcière.
On rapporte encore aujourd’hui avec beaucoup d’émotion que lors d’une mise aux enchères des arbres fruitiers communaux, elle aurait maudit la personne qui avait
remporté l’enchère. C’était au mois d'août , le dimanche précédant la Décollation de Saint Jean le Baptiste, patron de la paroisse.
La rue des Tilleuls, quand elle s’appelait encore route d’Anzeling, était bordée de beaux pommiers. Une variété ancienne appelée « Holzappeln » était
convoitée par plusieurs villageois, dont la Katisch qui habitait à proximité. Elle ne remporta pas les enchères. Dépitée et certainement offensée, elle maudit, devant témoins, celui qui l'avait coiffée au poteau :
« Dèa laa… wenn ett dzeit ass dé ze abdoon, léét a sich »
( « celui-là, quand sera venu le temps de la récolte, il se couchera »)
Six semaines plus tard, le malheureux se coucha en effet pour ne plus se relever. Les médecins appelés à son chevet ne comprenaient pas le mal qui le frappait.
Tout au plus, une fièvre ondulante leur laissa supposer qu’il pouvait s’agir de la fièvre de Malte, mais sans certitude et sans remède alors.
L’infortuné bonhomme, à peine âgé de 65 ans, succomba après six mois de fièvres récurrentes, de douleurs musculaires et articulaires, voire de fractures
spontanées.
Le pauvre bougre aurait été la dernière victime de la Katisch qui ne lui survécut que de très peu.
Par la suite, on murmura que la sorcière avait transmis ses pouvoirs maléfiques à ses quatre filles. Or, les malheureuses, sans doute comme tous les cornés du
monde, ignoraient probablement jouir d'une réputation aussi sulfureuse. Toujours est-il qu'aucun garçon du village n'osa s'approcher d'elles. Elles se marièrent avec des étrangers de passage et
quittèrent le village. L'une d'elle vient de s'éteindre après avoir appelé Hestroff à qui elle confia que c'était la dernière fois qu'elle appelait le village où elle passa toute sa jeunesse.
C'était une dame fort intelligente et sympathique.
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