Ligne Maginot et Guerre 39-45

Au petit matin du lundi 4 septembre 1939, nos réfugiés quittent Saint-Privat, direction le canton de Fresnes-en-Woëvre, dans le département de la Meuse. Bien moins performants que l’avant-veille, toujours pas lavés, ils n’atteindront leur but qu’après 40 km de marche via "le cou du canard", tout en évitant soigneusement le centre de Conflans, à travers les contreforts du duché de Bar.

 

En route, l’armée leur distribue eau, pain et fromage. Comme d’habitude, les plus hardis s’engraisseront tandis que les plus timides ne ramasseront que les miettes ou seront astreints à la diète…

 

Il fait beau. Il y a foule dans les champs. Le cœur des nôtres se sert à la vue des paysans affairés aux semailles d’automne, qu'eux avaient programmées après leur fête patronale qui devait avoir lieu du 10 au 13 septembre de cette année-là. Cette semaine, alors qu'ils entament un destin sombre, devait être consacrée aux préparatifs joyeux de la Saint-Jean-Baptiste, patron de leur paroisse. Ne s'étaient-ils pas pressés pour rentrer hâtivement leurs récoltes en vue de sortir leurs plus beaux habits pour 3 jours de fête ?


Tout en regardant les vaches meusiennes paître calmement dans les prés, le coeur de plus en plus gros, on pense aux siennes qui divaguent depuis bientôt 3 jours. Et la Britchen, belle et grasse, jamais sortie de son étable... ? Dieu seul sait où elle se touve maintenant...

 

Ici dans la Meuse, plus personne ne parle le patois mosellan et partout les gens qui les voient passer avec leurs 33 charrettes et 55 chevaux suivis d’enfants et femmes de tout âge, posent la même question :


D’où venaient vous ?

 

Gênés, nos anciens qui, dans leur immense majorité, n’avaient jamais appris le français, laissaient répondre les gamins et les tout jeunes gens qui, depuis 20 ans, ont eu la chance d’étudier dans la langue de Molière… Mais comment franciser ce foutu Heschdroff voire Hestroff ? Et puis, c’était sans compter avec l’Emile BASSOMPIERRE, le garde-champêtre, qui n’arrivait pas à fermer sa schnabel et continuait à causer en francique mosellan, au grand dam de ceux qui partageaient sa charrette. A cause de ce foutu bled à la consonnance si germanique, de ceux qui ne savaient se taire, ne se sont-ils pas fait injurier ? N’ont-ils pas été traités de boches ? Ces braves gens, pleins de hargne, ne les accusent-ils pas d'avoir coupé les mains de leurs enfants en 14-18… ?

 

Cette journée est assurément encore plus douloureuse que les 3 précédentes. Outre les insultes, on vient d’apprendre qu’après un ultimatum donné à l’Allemagne de retirer ses troupes de Pologne, l’Angleterre, hier à 11 heures, et  la  France à 17 heures, ont déclaré la guerre devant le refus de Hitler d’obtempérer.


 

Tout espoir de retour est définitivement perdu. On n'ira pas danser dimanche soir, ni le lendemain, réservé traditionnellement aux plus âgés de la commune.

 


Plus que les regrets d'avoir dû quitter leur village, la faim et la soif, la crasse... désormais c'est la honte leur fidèle compagne...

 

 

 


 

 

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Sur la route de l'exode, 2 septembre 1939

3 septembre 1939, les réfugiés de Hestroff se réveillent à Saint-Privat-la-Montagne encore exténués du long périple de la veille.

Ceux qui, il y a 24 heures encore, croyaient qu'il ne s'agissait que d'une fausse alerte, commencent à trouver la pilule bien amère. Certes, ce sont toujours les mêmes qui râlent ou qui se taisent... Force est de constater quand même que tout le monde se retrouve sur la paille au sens propre et figuré.

Si les enfants et les adolescents se croient encore en colonie de vacances, il en va tout autrement des parents qui réalisent qu'ils ont quitté tous leurs biens restés au village. Dormir sur la paille, même fraîche, n'est pas non plus au goût de ces dames qui regrettent de ne pas avoir pu emporter leurs jolis draps de lin amoureusement brodés avant les noces.

Beaucoup d'entre elles ont même sacrifié la couverture de laine pour mettre dans leur baluchon quelques futilités à l'exemple de Barbara HACKSPILL, qui se trimbalait avec son manteau en vison recouvrant nonchalamment un gros jambon fumé enfoui dans ce qu'on appelait une "lessiveuse"... Mais, dans sa frivolité, cette dernière eut quand même le réflexe de s'emparer d'un boutis qu'elle offrit pour la nuit à son vieux père âgé de 87 ans.

Bref, au petit matin, à Saint-Privat-la-Montagne, Hestroff avait le ventre vide et le teint livide...

Certains, comme le très vieux Jean-Pierre Hackspill, jamais à cour d'anecdotes, se rappela que c'est justement à Saint-Privat que le régiment du fils d'un cousin perdu de vue y avait laissé sur le carreau, le 18 août 1870, 500 hommes et 12 officiers... C'est ainsi qu'il raconta à ceux qui partageaient sa charrette empruntée à son jeune fils Camille, avec sa vieille pipe toujours à la bouche et seul objet qu'il emporta, que Saint-Privat, à la demande de Guillaume 1er, qui l'avait appelé "le tombeau de ma garde",  fut cédé à l'empire allemand en échange de Belfort qui put ainsi rester français.

A ce propos, rappelons que Saint-Privat, village de l'ancienne province du barrois, avait 331 habitants répartis dans 55 maisons quand la bataille du 18 août 1870 se solda par une victoire des armées prussiennes et saxonnes, malgré la défense héroïque du village par le maréchal CANROBERT. Les derniers combats eurent lieu dans le cimetière du village et l'église fut détruite. Cette bataille décisive eut pour conséquence l'encerclement de Metz par les troupes de BISMARCK.
On murmura que, pendant que ses troupes se faisaient décimer, le maréchal BAZAINE, commandant en chef, jouait au billard au quartier général.



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Hestroff et l'exode de ses habitants le 1er septembre 1939

2 septembre 1939

Tôt ce matin-là, 303 personnes de Hestroff, se partageant 18 voitures attelées, entament leur douloureux voyage, laissant divaguer leurs chats et chiens, la basse-cour, les lapins dont on avait ouvert les clapiers, les cochons et les vaches que certains par compassion ont traites avant le départ.

Première étape : Saint-Privat-la-Montagne

Les ordres sont clairs. Il va falloir parcourir plus de 40 kilomètres par monts et par vaux en évitant au maximum les voies principales réservées à l'armée. Les personnes valides doivent descendre des voitures à l'abord des côtes pour ménager les montures.

Direction Ebersviller. D'Ebersviller, il faut remonter le grand massif forestier pour rejoindre Aboncourt. Puis direction Altroff, tout en haut sur la colline. Il ne faut surtout pas traverser Bettelainville où cantonnent les soldats français. D'Altroff on va rejoindre Flévy où on pausera.

Vingt kilomètres viennent d'être parcourus et tout le monde est déjà bien fatigué. Bêtes et gens sont désaltérés. Chacun tire son casse-croûte du baluchon.

Cependant, il faut aller de l'avant et traverser la Moselle pour rejoindre sur l'autre rive Maizières-les-Metz d'où on rejoindra l'étape finale tard le soir.

Il s'agit de remonter le seuil de l'Argonne, véritable épreuve pour les gens et les chevaux qui ont déjà parcouru près de 30 kilomètres.



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Après les années fastes, l’exode…

 

1er Septembre 1939.


Les rumeurs d'une guerre  imminente s’amplifiant, c’est au tour de Hestroff, classé en zone rouge à cause de la grande proximité de la Ligne Maginot, d’être évacué.

Emile BASSOMPIERRE, le garde-champêtre, l'annonce au village qui en reste pétrifié.

 

Le maire Joseph LEMMERY et l’instituteur THIEL seront les coordinateurs de l’évacuation de 303 personnes, principalement vieillards, femmes et enfants, en 18 voitures attelées.


Quelques heures leurs furent accordées  pour plier bagage ou plutôt préparer leur baluchon. Un bagage à main par personne. Plusieurs voitures attelées furent réquisitionnées.

 

C’’est ainsi qu’avec zack oon pack, nos anciens prirent à pied la direction de Montier-en-Der en Haute-Marne d’où ils furent convoyés vers Saint-Sauveur près de Châtelleraut dans la Vienne.

 

Les habitants qui vivaient dans leur grande majorité des revenus de leurs terres durent abandonner leurs récoltes, leurs bêtes et même les tonneaux de schnaps prêt à être distillé.

 

Que faire des animaux de la ferme ? Sinon leur redonner la liberté ?

On ouvrit grandes les portes des poulaillers, de l’étable, de la porcherie.

 

Belle pagaille et scènes de détresse. Les vaches laitières en errance meuglaient tant... qu’on pouvait voir, dans les prés, les hommes du village réquisitionnés pour la guerre et les soldats du 162e RIF les traire pour soulager leurs pis douloureusement gonflés.


Plusieurs villageois, aujourd'hui octogénaires et une mémoire sans faille, se rappellent et peuvent témoigner de cette journée tragique où tout un chacun dut se résigner, la mort dans l'âme, à errer sur les routes comme des vagabonds...


Ils ne savaient pas encore que ce jour-là, à 4h45, les Allemands venaient  d'envahir la Pologne avec le prétexte d'une attaque polonaise de la station de radio de Gleiwitz. Il s'agissait en fait d'une attaque montée par les SS, qui utilisèrent des prisonniers de droit commun vêtus d'uniformes polonais. L'opération s'appelait ironiquement "boîte de conserve"...

Par solnade - Publié dans : Ligne Maginot et Guerre 39-45
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