Ligne Maginot et Guerre 39-45

Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 19:00

Les enfants de Hestroff nés dans la Vienne

 

A Montier-en-Der, de guerre las, nos gens s'interrogent et prennent contact avec leurs familles n'habitant pas en zone rouge.

 

Petit à petit, nous faisons connaissance avec ceux qui n'ont pas suivi leurs compagnons d'infortune à Saint-Sauveur.


Ainsi, avons-nous appris que Joséphine CASSE-VELLEUR avait déjà quitté le convoi, à la hauteur de Conflans-en-Jarnisy, pour aller se réfugier à Tucquenieux en Meurthe-en-Moselle. Elle était accompagnée de ses cinq enfants : Henri, Léon, Charles, Marie-Thérèse et le petit dernier Jean. Son mari, François, cheminot, était retenu à la gare d'Ebersviller.


Madeleine SCHILTZ, épouse de Georges NADé, dit Dicken Georges, née le 8 octobre 1874 à Hestroff, n'a jamais atteint Montier-en-Der. Elle est décédée sur la route de l'exode à l'âge de 65 ans Elle était la belle-mère de Marie GOBY de la Geissenmillen. Ses parents étaient Nicolas, garde-forestier, et Barbe KIEN.

 

Céline NADé et son époux Charles NADé, dit Paté Chaadlé, en compagnie de leur plus jeune fils René, quittent Montier-en-Der pour rejoindre leur famille résidant rue des 3 Evêchés à Metz-Queuleu. La soeur aînée de Céline, Marie épouse Georges WELTER, y habitait. Leur fils François, étudiant, 17 ans, habitait rue Mazelle.

 

Les PICK, Madeleine BERTOLINO-PICK, Marie-Thérèse, François et René, quittent Montier-en-Der pour Saint-Dizier puis Metz.

 

Les DODELLER, Nicolas et ses filles Louise et Eugénie, sont partis « dans un premier temps vers Dijon » avant de revenir à Sommevoire, à 12 km du Lac de Der, haut lieu de production de fonte d’art et d’ornement.  « Le grand-père Nicolas travaillait à l'usine de fabrication de cloches à Montier-en-Der. Tata Génie était interprète à la demande des mairies ou de l'administration allemande ». Nul doute que Nicolas DODELLER, précurseur dans son art, devait être très intéressé par le  “Paradis”, c-à-d les hangars ainsi nommés par les ouvriers qui y travaillaient, où étaient entreposés de grandes quantités de statues religieuses.

 

 

Barbara HACKSPILL-HUMBERT retourne à Luttange avec son père, le Paté Jean-Pierre, et sa fille Marie-Louise. Ils résideront dans la maison de feue Maya, fille aînée de Jean-Pierre, épouse Ernest FRANCOIS, qu'ils eurent la douleur de perdre en août de la même année. Pour Barbara et la jeune Marie-Louise, ce fut une aubaine. Elles se rapprochaient de Vigy où mari/père était chef de gare.

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 14:13
Ceux qui n'ont pas été à Saint-Sauveur dans la Vienne

Mamacricri, prof successivement à Filstroff, Piblange, Boulay et Vigy, suit avec intérêt l’exode de ses cousins de Hestroff.

Un jour, elle a promis, elle nous décrira en détail les déchirements qu'ont connus les familles de Filstroff qui, elles aussi, ont été contraintes de quitter leur village. Nous espérons également qu’elle nous évoque bientôt son village natal, Piblange.

Quelques extraits de ce qu'elle nous a confié :

« ... en 1939, la population de Filstroff a été évacuée à BONNEUIL-MATOURS dans la Vienne près de Châtellerault; ma mère m'a souvent raconté le périple, le départ, en larmes, de Filstroff en laissant tout ce qui faisait leur vie ... Sur le waan, il y avait Pierre WEBER et sa femme, la Bibi WINCKEL, leurs 3 plus jeunes enfants, Nini 18 ans, Jeanchen 16 ans et Julien dit Julchen le petit dernier 9 ans. Et aussi la fille aînée du couple, la tata Lisa avec ses 3 petits de 6, 4 ans et 8 mois. Une halte a eu lieu à Hagondange où, à l'école de filles, ils se sont restaurés et ont passé la nuit avant de partir en train. Arrivés à Bonneuil, les WEBER ont eu une chambre dans un hôtel, car la Bibi était gravement malade depuis quelque temps. Le choc de l’évacuation aggrava son état. Elle a été soignée par ses filles, qui étaient bien jeunes, puis elle est décédée le 28 mars 1940. Le grand-père a voulu retrouver son village. Novembre 1940, retour à Filstroff, où il décède le 14 janvier 1941 ».

« Des retrouvailles ont été organisées entre les populations de Filstroff et Bonneuil en 1992 à Filstroff et en 1993 à Bonneuil. »

« Il y a eu aussi le décès de Mathilde WEBER, dite Thilly, née en 1917 x Emile Jules MARANDE, instituteur. Mathilde ferma les yeux en 1940/1941 dans un hôpital de Brive la Gaillarde en pleine guerre et loin des siens (c'était une soeur de Nini et Jeanchen). Toutes ces morts nous expliquent pourquoi les filles étaient toujours habillées de noir depuis 1940. Entre « grand deuil », famille proche, règles de bienséance, il y en avait pour des années… puis une autre mort et c’était reparti !!! »


NB : Sur la photo ci-avant, on peut y reconnaître
les 2 soeurs Nini et Jeanchen WEBER et Lucie RICHARD qui deviendra leur belle-soeur. Cette photo a été prise à Filstroff courant avril 1942. Collection Mamacricri.


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Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 10:44
Nos cousins de Filstroff à Bonneuil-Matours, septembre 1939

Le
témoignage de Mamacricri nous permet de mieux comprendre pourquoi nos parents de Hestroff, 70 ans après les faits, continuent à nourrir certaines rancunes.

Ils continuent à accuser l'instituteur et secrétaire de mairie à l’époque de s’être rendu coupable d’incompétence, de négligence, de les avoir jetés sur la route de façon irréfléchie, alors que l’évacuation des autres villages avait été mieux orchestrée.

Certes, nos voisins ont quitté leurs villages avec un chagrin aussi immense que celui de nos parents. Mais ils n’ont pas eu à errer sur les routes, à coucher dans les étables ou à la belle étoile sous les charrettes. Ils n’ont pas connu les insultes et le mépris sur les routes meusiennes.

Les autorités locales de Piblange et d’Ebersviller n’ont pas chassé leurs gens à qui ils ont permis de trouver des solutions individuelles…

Comment cet ordre d'évacuation a-t-il été géré dans les autres villages situés en zone rouge ?

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Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 17:11
70 ans plus tard, Hestroff garde toujours rancune

Alors que nous nous posions la question de savoir comment les autres villages du pays de Nied avaient fait face à l'évacuation de la zone rouge, ordonnée le 1er septembre 1939, Mamacricri vient de nous faire parvenir le témoignage de François de Filstroff :

"L'ordre d'évacuation a été donné à la population par le garde-champêtre avec son tambour; les gamins le suivaient ... Les familles ont embarqué par groupe de 2 ou 3 familles sur la même charrette, direction Bouzonville.

Je me souviens qu'une de nos vaches a suivi le convoi jusqu'à Bonzonville; ma mère lui parlait depuis la charrette...

Débarquement à Hagondange où un train s'est formé pour les évacués (opération parfaitement préparée). Nous avons dormi sur la paille dans l'école de Hagondange. On nous a aussi distribué du lait, d'ailleurs ma soeur Josette, 6 mois, en est tombée
gravement malade (soyons tous rassurés, elle vit toujours et profite de sa retraite) !!!
 
A l'arrivée à Hagondange,  une "maîtresse" femme m'a pris dans ses bras pour m'aider à descendre de la charrette... J'étais encore petit, 4 ans.
 
En cours de route sur la charrette, je me suis fait disputer parce que j'avais piétiné le chapeau à perles de la "Käte", notre voisine qui était sur la même charrette que nous; j'ai eu une taloche parce que je m'étais couché sur son chapeau...
 
La grand-mère Barbe Winckel avait été évacuée la veille par convoi sanitaire (encore une preuve que rien n'a été fait dans la précipitation).
 
Mon père a  toujours  raconté que le jour où il a le plus pleuré dans sa vie a été le moment où il a retrouvé sa maison déserte mais encore chaude de la présence de ses habitants...

Comme tous les hommes mobilisables, il a dû rester au village."


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Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /Mai /2009 21:53

Les différents témoignages provenant de Filstroff nous ont permis de renouer avec nos amours premières, les recherches généalogiques.


C’est bien connu, tous les chemins mènent à Rome… Mais à Hestroff nous ne soupçonnions point cousiner autant avec Filstroff...

 

Où ou plutôt à qui nous a mené ce petit grand détour ? A Jean-Louis Kieffer, fondateur de Gau un Griis. Et devinez où nous mène Jean-Louis ? A Jacques Gandebeuf, le grand défenseur de la Moselle humiliée.

 

Jean-Louis Kieffer & Jacques Gandebeuf - Librairie l'Evasion - Bonzonville 2008

copyright solnade


Vous connaissez tous Gau un Griis dont le lien apparaît sur notre page d’accueil. Mais connaissez-vous tous Jacques Gandebeuf ? Cet Auvergnat, ancien éditorialiste du Républicain Lorrain, notre journal local, qui s’est penché sur notre passé refoulé ? Ce Français venu de l’intérieur mettre en lumière nos inhibitions ?


Rendez-lui visite sur http://mosellehumiliee.free.fr/


Découvrez le Silence rompu, La parole retrouvée, L’accent de mon père, Planète Moselle et les écrits de ses lecteurs émus de constater combien l'écrivain a su analyser brillamment l’âme mosellane si complexe et encore si tourmentée.


Découvrez aussi son tout dernier roman Réhabiliter Adrienne Thomas

 
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 09:01

Aujourd'hui, laissez-vous guider par un jeune terrier flamand, qui lors de ses brefs séjours à Hestroff, adore aller au Bois de Bousse, pour y découvrir les différents blocs du Fort aux Fresques.

En empruntant la rue de la forêt, direction Edling, à main droite, vous découvrirez à l'horizon les premières éoliennes de Teterchen à s'être installées au pays de Nied.

A l'orée du bois de Bousse, nommé plus couramment bois d'Edling, vous prendrez à droite le sentier, bien indiqué, qui mène au Fort aux Fresques.


Avant de vous enfoncer dans le bois, jetez un dernier coup d'oeil à votre droite et découvrez, en arrière-plan de la rue des Tilleuls, la cité militaire du camp de Bockange.

Parcourez quelques 200 mètres. Droit devant vous, au fond de la clairière, l'objet de tous vos fantasmes : le fort aux fresques. L'association s'occupant activement de la revalorisation de cet ouvrage vous rappellera qu'il s'agit en fait du bloc E.


Vous vous y attarderez à votre retour. En attendant, à votre droite, suivez Billy qui a hâte de vous faire découvrir un sentier bien balisé qui vous mènera aux autres blocs.


Ne vous éloignez pas du sentier. Partout, où vous verrez les queues de cochon et les fils barbelés, dites-vous que ces terrains n'ont pas été déminés. D'ailleurs le flair de Billy, naturellement curieux, lui interdit de s'y aventurer.

Les bénévoles de l'association, qui continuent leurs travaux de titans, nous ont déjà permis l'accès aux différents blocs, ce qui était inimaginable à l'époque où ce terrain appartenait encore à l'Armée française. Aussi, encore un peu de patience...

Vos efforts seront récompensés quand vous apercevrez le "spoutnik" où une petite halte est la bienvenue.

La lumière y est magique. Vous vous y sentez hors du temps, de l'espace... Vous aurez envie d'y danser, mais attention, danger ! D'ailleurs, Billy vous en fera rapidement la démonstration...

Suivons toujours le sentier, qui, à un moment donné vous placera devant un dilemne. Droite ou gauche ? A droite, le sentier vous fera sortir directement sur la route d'Edling. A gauche, vous retournez au bloc E.
Billy a opté, à notre grand bonheur, pour la 2e solution.


Encore quelques 200 mètres et vous vous retrouverez sur le "toit" du bloc E. Des escaliers bétonnés vous permettront de quitter votre perchoir et descendre vers la clairière.

Avant de méditer au-dessus de la fosse diamant, n'hésitez-pas à grapiller quelques fraises des bois, qui prolifèrent tout au long de votre balade.


 

Si vous désirez descendre dans les entrailles de cet ouvrage, faudra prendre rendez-vous avec les bénévoles de l'association pour la sauvegarde et la revalorisation du Fort de Bousse.

Les visites reprennent chaque printemps avec succès .
Les candidats devront impérativement se munir de vêtements chauds. Car quand vous quittez plus de 50° au soleil en surface... les 13° qui vous attendent auront vite fait de vous terrasser. Croyez-en notre expérience. 



Pour conclure, Billy sera ravi de revenir sur les lieux. Malheureusement, la parole lui manquant, il ne sera pas en mesure de vous en raconter l'histoire, réservée aux  spécialistes de la Ligne Maginot. Mais il aimerait bien participer, le 14 juillet, à la désormais traditionnelle marche populaire du Fort aux Fresques et profiter de la buvette de la clairière.

Pour revenir à notre promenade, voyez l'album Bois de Bousse. Revivre votre dernier 14 juillet est aussi disponible tout comme le dernier Bunker Flower.

















 



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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /Juin /2009 08:10

70 ans plus tard, Hestroff garde toujours rancune


Nous avions l’intention de sillonner le pays de Nied à la recherche des villages situés entre la frontière et la ligne Maginot et noter leurs communes d’accueil en septembre 1939, quand un article relatif au jumelage d’Ottonville avec Mazerolles a retenu toute notre attention.

 

 Fortuitement « Mazerolles », nous a permis de trouver la liste des communes du pays de Nied et de la Vienne « liées » par obligation, telle qu’établie par les autorités poitevines. 

Certaines de ces communes perpétuent le souvenir de ces temps passés en oganisant régulièrement des retrouvailles et des animations dans le cadre de jumelage. Source : Républicain Lorrain du 12/6/2008.

 

Il est important de noter que Hestroff, qui se situe entre la ligne Maginot et le pays messin - à l'instar des communes voisines Piblange et Ebersviller -, ne figure pas dans cette liste. Nos anciens auraient-ils donc raison ? Le secrétaire de mairie d’alors aurait-il bien fait un excès de zèle ou a-t-il été coupable de négligence ?

 

Aucun des villages cités n’a eu à vivre le calvaire de Hestroff, tout ayant été bien organisé et qu’ils ont été évacués, dans de bonnes conditions, vers des destinations pré-établis.

 

Alzing - Cenon ; Anzeling - Buxueil ; Bannay - Saint-Pierre-les-Eglises ; Bettange - Saint-Laurent-de-Jourdes ; Bibiche - Lésigny ; Bionville-sur-Nied - Saint-Martin-la-Rivière ; Boucheporn - Gouex ; Boulay-Moselle - Montmorillon ; Bouzonville - Bellefonds, Chauvigny, La Puye, Sainte-Radégonde ; Brettnach - Journet ; Brouck - Saint-Pierre-les-Eglises ; Château-Rouge - Saint-Léomer ; Chémery-les-Deux - Availles-en-Châtellerault ; Colmen - Mairé ; Condé-Northen - Saint-Martin-la-Rivière ; Coume - Verrières ; Dalstein - Lésigny ; Denting - Salles-en-Toulon ; Ebersviller - Vouneuil-sur-Vienne ; Eblange - La Chapelle-Mortemer ; Filstroff - Bonneuil-Matours ; Freistroff - Archigny ; Gomelange - Civaux ; Guerstling - Chenevelles ; Guinkirchen - Saint-Pierre-les-Eglises ; Halling-lès-Boulay - Saint-Pierre-les-Eglises ; Heining - Saint-Rémy-sur-Creuse ; Hinckange - Saint-Pierre-les-Eglises ; Holling - Lhommaizé ; Loutremange - Saint-Pierre-les-Eglises ; Menskirch - Saint-Romain-sur-Vienne ; Momerstroff - Saint-Pierre-les-Eglises ; Narbefontaine - Fleix ; Neunkirchen-lès-Bouzonville - Monthoiron ; Oberdorff - Bourg-Archambault ; Obervisse - Morthemer ; Ottonville - Mazerolles ; Piblange - La Chapelle-Viviers ; Remelfang - Vaux-sur-Vienne ; Roupeldange - Pouzioux ; Saint-Bernard - Saint-Romain-sur-Vienne ; Saint-François-Lacroix - Targé, Lencloître ; Schwerdorff - Oyré ; Téterchen - Saulgé ; Tromborn - Brigueil-le-Chantre.

Dans le Warndt il faut noter Carling vers Iteuil et L'Hôpital vers Lusignan dans la Vienne

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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /Juin /2009 20:06
Du haut de ses 6 ans d'alors, Alice KIEN-FANTIN garde encore bien des souvenirs de cette période troublée, voire trouble, qu’ont subie les gens de Hestroff. Elle se rappelle notamment que le maire et le secrétaire de mairie faisaient bien partie de l’exode de leurs concitoyens qu’ils avaient « si bien préparée »… A chaque halte, la plus grande pagaille précédait l’attribution d’un « logis », les édiles se réservant bien entendu la meilleure part. Elle aussi, se rappelle de la révolte qui grondait sourdement sur leur waan.

Alice et sa famille, c-à-d sa mère Marie GEANT, ses grands-parents Marie HACKSPILL et Joseph KIEN, tous deux âgés de 69 ans, partageait la charrette avec Théophile BOUR, 54 ans, et ses filles Joséphine, Mathilde, épouse d'OLIVEIRA et ses petites filles Madeleine et Alice, et Philomène. Leur cocher, CIBIC, époux de Joséphine, à l’instar du Marlou’s Jean, n’y connaissait rien aux chevaux. Dès le départ, lors de la mise en route, il rata son tournant et accrocha la maison MOLL. Alice, toute petite qu’elle était, revoit encore les jambes ensanglantées de sa grand-mère. Par manque de place, ses jambes pendaient dans le vide à travers les barreaux de la charrette. C’est ainsi qu’elle fut gravement blessée dès le départ.

De Montier-en-Der, sa famille et elle ont été se réfugier à Huiron dans la Marne dans la famille du Tonton ROCHE, le mari de sa tante Anne-Marie, qui au moment des faits se trouvait à Nancy. Tante Amy, telle qu'on l'appelait, rejoindra plus tard sa famille à Huiron, où Alice fut scolarisée. Alice garde encore dans ses souvenirs l’image de ce vieux sac d’école, rouge-brun, en papier mâché, qui traînait au grenier, rapidement dépoussiéré pour la circonstance.

Son père, Camille, 39 ans, rappelé sous les drapeaux, contrairement à ce que nous avions dit, n’était pas à Hestroff au fort de Bousse mais à Volmerange-les-Boulay. Quand il dut se rendre aux Allemands avec ses camarades, il rapporta que les Allemands les ont tous alignés. Un ordre fusa : « Juden raus ! ». Il murmura à son voisin David de Bouzonville de ne pas bouger… David lui répondit : « Cela ne sert à rien… J’ai une étoile tatouée sur mon bras...». David fut déporté et on ne le revit jamais.

Alice se rappelle encore, avec amusement cette fois, que certains rappelés sous les drapeaux furent convoqués au Fort de Bousse. Il s’agissait de Joseph FONCIN, 37 ans, Alphonse NADé, 32 ans, Jean GOBY, 36 ans, Emile BOTTER et bien d’autres gars du village. Ils se rendirent tous à Bousse, village situé entre Guénange et Thionville. En arrivant à Bousse, ils furent tous renvoyés à Hestroff… au fort de Bousse
, appelé aujourd’hui Fort aux Fresques. Encore longtemps après la guerre, ces camarades restés sains et saufs, évoquaient en rigolant leur méprise. A leur crédit, il faut noter qu'aujourd'hui encore rares sont les gens du village à savoir que le bois d’Edling, dans notre jargon, est cadastré sous le nom de Bousse… et que l'ouvrage "A24" qui y fut construit fut et est toujours désigné dans les papiers officiels "Fort de Bousse".

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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 01:00

La vie à Montier-en-der en septembre 1939

Nous avons profité du passage d'Alice et de sa prodigieuse mémoire, pour reconnaître les personnes figurant sur la photo ci-dessous.


Collection  Association du Fort aux Fresques


Cette photo fut prise au Haras de Montier-en-Der fin septembre 1939.

De gauche à droite, Louise KIEFFER x JUNGMANN de Gomelange et ses deux fils Henri, 6 ans, et Lucien, 2 ans. Henri Jungmann est décédé en 1944.

Philomène KIEFFER °1896
1967 x Edouard MULLER °1898 +1976, avec ses deux filles Denise °1925 † 1959 et la jeune Marie, 6 ans. Marie eut la douleur de perdre son mari, Joseph KETZINGER, dit Jézé, en 2004.

 

Au centre, la mère de Louise et de Philomène, Marie SCHMITT, 82 ans, décédée à Hestroff en 1947. Marie Schmitt avait épousé Nicolas KIEFFER en 1887. Elle était la grand-mère des orphelins de mère, Gilbert et Elise KIEFFER qui étaient hébergés avec leur belle-mère Rosa avec les HACKSPILL-HUMBERT.

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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 15:17

Fin septembre ou début octobre 1939, les gens de Hestroff se séparent à Montier-en-Der. Les uns pour continuer leur route pour Saint-Sauveur, les autres pour rejoindre leurs familles éparpillées en dehors des zones frontalières.

 

Le Paté Jean-Pierre HACKSPILL accepta d’aller à Luttange chez son beau-fils, veuf de sa fille Maya, décédée au mois d’août de la même année. L’accompagnaient sa fille Barbara, dite Biblé, et sa petite-fille Marie-Louise. Ils prirent le train jusqu’à Metz.


De là, Marie-Louise, pas encore 18 ans, prit le chemin de Hestroff pour aller chercher des vêtements d’hiver pour le Paté et sa maman. Elle avait notamment comme mission de rapatrier l’astrakan de sa mère dont le vison avait trouvé amateur à Saint-Rémy-en-Bouzemont.

 

Elle était accompagnée par Louise DODELLER, la sœur jumelle de Joseph. A la gare de Piblange, elles furent toutes deux attendues et encadrées par l’Emile BOTTER, affecté au Fort de Bousse. C'est qu'on ne pénétrait pas aisément dans les villages vidés de leurs habitants et occupés par l'armée. Les routes étant barrées par les militaires, certains civils rejoignaient discrètement Hestroff via Pivlinga on Heschtrova véngaaten (les vignes de Piblange et Hestroff).

 

Arrivée ém’Harainville, Marie-Louise retrouva la maison familiale déjà partiellement éventrée. La porcherie avait disparu, les cochons bien entendu aussi, et avait laissé place aux chevaux de la cavalerie. Tout en parcourant sa maison, talonnée et épiée par un des soldats français qui y avait élu domicile, elle essaya de rassembler les menus objets que sa mère souhaitait récupérer. Juste avant de quitter la maison avec son baluchon, elle aperçut sur la table de la cuisine son « TouTenUn » ouvert à la page « recettes de cuisine ». Son sang ne fit qu’un tour… C’était son trophée pour la réussite du certificat d’études en 1935.  De toute vraisemblance, sa mini encyclopédie, dont elle était si fière, inspirait les occupants des lieux pour faire la popote. Instinctivement elle le mit discrètement en poche avant de rejoindre Louise Dodeller qui, elle aussi, était venue par train de Montier-en-Der pour ramener à son père et à sa sœur Génie quelques effets personnels pour affronter l'hiver.

 

Dans la maison Dodeller, se trouvait René DUVAL, sergent-chef au camp de Bockange. Il veillait tout particulièrement à ce que la maison de ses beaux-parents ne soit pas pillée. Il consola tant bien que mal les deux jeunes filles en larmes, leur prépara et leur servit des steacks tout en les priant de se montrer plus fortes…

 

Toutes deux reprirent ensuite la route. L’une pour rejoindre mère et grand-père à Luttange, l’autre pour rejoindre père et sœur à Montier-en-Der et Sommevoire...

 

Par solnade - Publié dans : Ligne Maginot et Guerre 39-45
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