Un beau matin, à l’aube, il y eut ém’Harainville General Hausaussuchung (fouille des maisons) avec
les chiens. Ce qui mit tout le quartier en grand émoi. La cible était la maison VELLEUR qui avait 3 fils, Henri, Léon et Charles qui figuraient sur la liste des insoumis. Henri et Charles
s'étaient planqués. Où, on ne s'en rappelle plus. Mais Léon, qui s’était échappé récemment d’un Zuchtanschtalt, sorte de maison de correction ou de redressement située près de
Sarreguemines, était caché à Hestroff chez son oncle DELLES, le boulanger, en face de la mairie.
Après avoir passé les maisons au peigne fin, à défaut de mettre la main sur Henri, Léon et Charles, les SS finirent par découvrir dans la cave de François Velleur une auge recouverte d’un linge, pleine de salaisons. Le tout fut confisqué et remis au Pétaa le boucher, pour être revendu à la carte.
Pendant ce temps-là, le boulanger tira le Léon brutalement de son sommeil et le fit sortir par l'arrière de la maison. Léon, à travers jardins, regagna l'église pour aller se réfugier au sommet du clocher où il resta terré un certain temps. La faim et le froid finirent par le faire sortir de sa tanière. Après le couvre-feu, la nuit tombée, il descendit du clocher pour aller se réfugier dans la maison BLUME, où il s’empara d’une vieille paire de pantoufles abandonnée. Depuis l’aube, il était resté pieds nus…
Mais, revenons un instant au cochon. A l'heure du rationnement, on vivait quand même un peu mieux à la campagne qu'en ville. Mais partout, pour faire face à la pénurie, il fallait faire preuve d'imagination, de solidarité et aussi de courage.
Elever un cochon clandestinement en cave était un acte répréhensible. Mais égorger un cochon, à 100 mètres de
la Kommandatur, à la barbe des SS, était un acte de bravoure.
Un cochon qu'on égorge pousse des cris lugubres et la nuit, on le sait, les bruits sont amplifiés. C'est
ainsi que Marie-Louise, toute jeune fille, eut comme mission dangereuse de donner un coup de main à l'égorgeur pour étouffer les cris du cochon. D'abord le caresser pour le mettre en confiance et
ensuite le trahir en tirant de tout son poids sur la corde qu'elle lui avait glissée autour du cou pour étouffer ses cris pendant que l'égorgeur sortait son couteau...
Elle en fut traumatisée et se rappelle encore de cette histoire de cochon avec beaucoup
d'émotion.
Par contre, elle apprit très vite à trucider - sans état d'âme - le lapin dont l'élevage n'était pas soumis à
condition. On pouvait en élever autant qu'on en voulait et en consommer tout autant...
Ce qui, aujourd'hui, fait dire à Marie-Louise que le lapin aurait mérité qu'on lui érige un monument tant il
les a préservés de la disette.
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Sylvain CAEN, que nous n’avons pas connu personnellement, avait cependant laissé des traces dans la mémoire surtout de nos
chères mamans. Quelques négligences nous ont fait perdre la photo in memoriam sur laquelle il apparaissait, peu avant son décès, avec une canne.
Né en
Lorraine, dans un petit village (Hestroff) proche de la frontière allemande où sa famille s'était implantée depuis des siècles, Sylvain Caen avait vingt ans en 1939. Il était sous-officier
dans l'armée, après s'être engagé en 1937 par devancement d'appel et avoir effectué deux ans de service militaire à Metz, sous les ordres du Colonel de Gaulle.
Sylvain Caen se trouvait dans un bataillon autonome. Sergent-chef dans les chars, il fut envoyé, durant l'hiver 1939-1940, à l'école des officiers à Versailles, d'où il sortit trois mois plus
tard, aspirant. Alors qu'il se trouvait en permission, il fut rappelé le 10 mai, au moment de l'attaque des troupes allemandes sur la Hollande et la Belgique. Affecté à un bataillon de chars en
formation stationné dans le Loiret, il fut surpris par la débâcle.
Une
fois civil, Sylvain Caen rejoignit les siens en Haute-Savoie et trouva rapidement un travail. Quand les mouvements de résistance commencèrent à se former, il n'hésita pas un instant et chercha à y
entrer.