Nous avons fêté à notre façon le 65e anniversaire de la libération de
Hestroff, la commune n'ayant jamais célébré le 18 novembre de sorte qu'à l'aube de ce 21e siècle bien peu de nos gens sont au courant ...
Nous revenons à l'évacuation de 1939... tant de points demandant encore à être éclaircis. Et puis,
n'avions-nous pas promisd'examiner ce qui s'est réellement passé près de chez nous ?
Comme vous le savez déjà Hestroff a été évacué en même temps que les villages voisins situés dans la zone rouge comprise entre frontière allemande et Ligne Maginot. Or la position géographique de
Hestroff était la même que Piblange et Ebersviller qui eux ne furent évacués qu'en mai 1940...
Alors que s'est-il passé ?
Comme en septembre 1938, la majorité des Mosellans espérait que la guerre n'éclaterait pas même si la dernière semaine d'août 1939, dans la crainte d'une Blitzkrieg, certains avaient
préféré quitter les lieux de leur propre gré et avec leurs propres moyens.
Apparemment, les autorités préfectorales envisagèrent l'évacuation de la zone rouge dès le 30 août.
"Elle fut effectuée sur ordre militaire après la mobilisation générale le 1er septembre après 19h00 et se prolongea jusqu'au 3" dixit Henri Hiegel.
C'est donc bien ce que soupçonnent encore aujourd'hui les survivants de ce drame : c'est "Bockange" qui voulait nettoyer les lieux...
Selon Henri Hiegel, qui eut accès à tous les documents administratifs, la zone évacuée finissait à la ligne des villages non évacués, d'est en ouest, de Baerenthal,
Mouterhouse, Lemberg, Meisenthal, Schmittviller, Hazembourg, Zimming, Boulay, Roupeldange, Ebersviller, Kédange, Moulin de Klang, Elzange, Basse-Ham, Cattenom, Hettange-Grande, Oeutrange, Tressange
et Ottange.
Le pays de Bitche est dirigé vers les régions de Phalsbourg, Lutzelbourg, Gondrexange et Avricourt.
Les habitants des régions de Sarreguemines, Sarralbe et Puttelange furent dirigés sur Azoudange, Bourdonnay, Hampont, Avricourt, Emberménil et Einville.
Pour la région de Forbach derrière la Ligne Maginot, on se replia sur les régions de Hampont, Delme, Nomeny et Pont-à-Mousson.
Les émissions de télévision, qui ont évoqué ce passage de la vie de Mitterrand, n'ont pas raconté dans le détail cet épisode de sa vie; donc ce qui suit, je
l'ai lu dans la presse (satirique, il est vrai), et non dans une biographie autorisée.
En fait, les prisonniers français à "Bolchen", étaient en journée occupés à la réfection des rues empavées de Boulay (et donc, il est bien possible que la nuit, ils étaient ramenés au
Ban-St-Jean, ce qui est bien localement l'endroit le plus adapté à leur détention).
François Mitterrand s'était ouvert de sa volonté de s'évader à un autre prisonnier qui était réputé avoir des contacts avec la population civile locale en lien avec la résistance.
Quelques jours plus tard, cet homme lui donna les consignes suivantes :demain à 10 heures, arrange-toi pour travailler devant le bureau de tabac à 10 heures et dis au garde allemand que
tu as besoin de faire "la grosse commission". Ce que fit Mitterrand, et le garde allemand lui indiqua d'aller aux toilettes au bureau de tabac. La buraliste, qui était évidemment de connivence
restait dans la cuisine (pour ne pas être suspectée ultérieurement), tandis que des vêtements civils se trouvaient derrière le comptoir.
Conformément aux consignes, Mitterrand les a mis et est sorti par la porte arrière en emportant ses vêtements de prisonnier militaire, et dans le jardin l'attendait René Antoine, infirmier de la
Croix-Rouge et habitant à l'époque à Volmerange-les-Boulay (sauf erreur de ma part) et son véhicule-ambulance.
La suite de l'histoire, je ne la connais pas. J'imagine que René Antoine avait un ordre de mission "bidon" pour emmener son "patient" jusqu'à Metz ou aux abords de la frontière
Moselle/Meurthe-et-Moselle, où il l'a sans-doute confié à un correspondant de son réseau...
Les résistants ont toujours fait preuve d'une grande solidarité dans la guerre... et aussi après la guerre. Certains doivent leur carrière à ces amitiés et même certains voyous leur immunité à
celles qu'ils ont nouées avec ceux qui deviendront policiers ensuite, comme on l'entend souvent dire.
Si René Antoine, n'a pas été payé de retour, c'est plutôt triste. Je crois savoir qu'il en a retiré quelques breloques (comme on dit), c'est pour ça que je parlais de "république
reconnaissante"....
Jean-Luc DODELLER
Lire tous les commentaires parus dans la presse ou mis en ligne :
Henri Hiegel avait une connaissance parfaite de la situation de Moselle-Est dont il décrivit minutieusement l'évacuation. Il consacra néanmoins un petit paragraphe au repliement des habitants des
régions de Saint-Avold, de Boulay, de Bouzonville et de Sierck-les-Bains.
Des régions de Saint-Avold et de Boulay, il dit que l'évacuation se fit dans le plus grand désordre. A l'instar de notre village, lorsque les cloches donnèrent le signal de l'évacuation, rien
n'avait été organisé pour l'exode. Le bétail fut également laissé en place alors qu'en Moselle-Est tout avait été vendu même si c'était à prix dérisoire.
Vieillards, femmes et enfants s'entassaient jusqu'à 15 sur des voitures tirées par des chevaux. Les enfants suivaient à bicyclettes quand ils en possédaient. A Hestroff, nous savons que François
PICK avait son deux-roues. Qu'en était-il des autres adolescents ?
Beaucoup de génisses et des veaux se noyèrent dans la Nied. Des commissions de sauvegarde restèrent provisoirement dans les villages pour "éviter le pillage jusquà l'arrivée de la troupe et
assurer le ravitaillement du menu bétail".
"La gendarmerie de Saint-Avold afficha l'ordre d'évacuation à 16h à Macheren et Petit-Ebersviller, alors que des réfugiés de Forbach, Stiring-Wendel et Petite-Rosselle passaient en moto et à
bicyclette sur la route de Pont-à-Mousson... Les militaires du 30e Dragons de Metz promirent de garder les maisons."
Hombourg-Haut est parti pêle-même. "Certains poussaient des brouettes, d'autres des chariots, chargés de matelas, valises, seaux et de sacs. Des cages à poules étaient pendues aux voitures et
des lapins remuaient dans les sacs".
L'hôpital, Carling, Porcelettese rencontrèrent à Rémilly . Ils furent embarqués 2 jours plus tard à Dieulourd pour la Loire, le Pas-de-Calais et la
Vienne.
Plus près de nous, les villages situés à l'est de Zimming, Boulay et Roupeldange furent également évacués par ordre militaire. Creutzwald et Varsberg gagnèrent à pied
Pournoy-la-Grasse en passant par Narbéfontaine. Ensuite ils furent partagés en deux groupes : les mineurs et leurs familles destinés à aller dans le Pas-de-Calais et les paysans destinés à être
embarqués à Thiaucourt pour la Vienne.
Les villages des cantons de Bouzonville et de Sierck-les-Bains furent dirigés vers Rombas et Hagondange, la Meurthe-et-Moselle, la Haute-Marne voire l'Aube.
Les habitants de Bouzonville s'en allèrent sur la route du Stockholtz pour rejoindre la Moselle. Le bétail fut lâché dans les prairies de la Nied. A noter que le curé d'alors n'oublia pas
d'emporter en Vienne les saintes reliques de la Croix.
Schwerdorff se rendit à Hagondange d'où ils furent embarqués par train. Filstroff itou.
A côté de nous, à Anzeling-Edling, le garde-champêtre annonça l'ordre d'évacuation à 15h30. On posa les ballots et les victuailles sur les voitures à ridelles ou à plateaux attelées de vaches et on
partit en hâte direction la Moselle. Nos voisins d'Edling et d'Anzeling ont dû rejoindre la Moselle via Hobling parce qu'on ne les vit pas à Hestroff où les paysans étaient encore dans les
champs.
A Saint-François et Lacroix aussi, l'ordre fut affiché à 15h. On lâcha le bétail et le convoi partit à 17h pour séjourner une quinzaine de jours à Bronvaux en Moselle, une semaine à
Mont-sous-les-Côtes près de Verdun dans la Meuse. Saint-François et Lacroix restèrent ensuite jusqu'à la fin octobre à Blanrupt de Saint-Dizier d'où les évacués furent dirigés sur Lencloître
en Vienne.
Oberdorff et Odenhoven s'étaient mis en route le 1er septembre à 19h. Ils arrivèrent à Varize le 2 septembre à 9h en ayant traversé de nuit Brettnach, Velving,
Eblange, Bettange, Valmunster et Roupeldange. Ils arrivèrent à Thiaucourt le 5 septembre à 17h. Ils partirent de la gare de Thiaucourt le lendemain 6 à 10h.
A Hestroff, comme on commence à le savoir, l'ordre d'évacuation fut donné à 19h. Le bétail est lâché. On quitte le village à l'aube. Direction Hagondange via Ebersviller, Aboncourt. Point de train
à Hagondange pour Hestroff.
Maintenant que nous savons, grâce à Jean-Luc D., que François Mitterrand était dans nos parages en 1941, supposé prisonnier au camp du Ban St-Jean, nous avons tiré de notre bibliothèque"Le camp du Ban-Saint-Jean (1941-1944) - Lumière sur une honte enf(o)uie" dont l'auteur n'est autreque Gabriel BECKER,
secrétaire de l'AFU, association franco-ukrainienne oeuvrant pour le souvenir des milliers de prisonniers slaves qui y ont perdu la vie.
C'est avec grande satisfaction que nous avons, à la page 25, trouvé confirmation du passage d'un futur ex président de la République française.
En 2002, Gabriel écrit : "René ANTOINE vit avec son épouse dans un cadre idyllique à Hestroff, entouré par une galerie de diplômes et médailles patriotiques. Jeune homme, il travaillait chez
Mittelheiser près du stalag XII F à Boulay."
Après avoir déploré la perte des photos des prisonniers russes que René Antoine avait pris depuis son atelier lorsque ceux-ci montaient à pied en colonne vers le Ban-Saint-Jean, Gabriel donne la
parole à René Antoine dans le cadre de l'évasion de François Mitterrand:
"Au camp de Boulay avait été interné François Mitterrand. Le chef du camp, un lieutenant français, m'en avait parlé, précisant que Mitterrand, après deux évasions avortées dans d'autres camps,
était fiché et devait être transféré en Allemagne dans un camp où les chances d'évasion seraient pratiquemetn nulles. Il fallait donc faire vite. Mitterrand était sergent ou sergent-chef. En 1941,
dans le camp de Boulay, les prisonniers français étaient au départ les seuls occupants et ils bénéficiaient d'un régime de détention peu sévère. Il y avait même une troupe théâtrale à
l'intérieur du camp. Mitterrand a dû y rester 10-12 jours, pas davantage. Le commando dont il faisait partie se rendait à un travail à l'extérieur. Là, j'ai réussi à le soustraire à la surveillance
de ses gardiens et je l'ai présenté à Maya BARON qui l'a hébergé quelques jours avant de se rendre avec lui à Metz en train. Et de là, il est parti vers Nancy."
La lecture de ce timbre-poste n’est guère aisée. Cet article n'est pas daté et nous n'en connaissons pas les
origines sauf qu'il a été mis en ligne dans le cadre d'un exposé sur le Ban Saint-Jean au collège Victor Demange de Boulay par Damien FOUNAS.
Grosso modo, Mitterrand reçut à l’Elysée un certain 14 juillet Mademoiselle Maya BARON qui, en 1941, l’avait
sauvé des Allemands lors de sa 3e évasion à Boulay. C’était en novembre 1941. François Mitterrand y avait été interné dans un camp .
Il aurait alors rencontré un interprète qui lui aurait donné l’adresse de Mademoiselle Baron. Profitant d’une
sortie de groupe, et sous le nom d’un autre prisonnier, le futur chef de l’Etat avait faussé compagnie à ses gardiens et gagné le magasin de journaux que tenait Melle Baron, alors âgée de 23
ans.
Après l’avoir caché pendant deux jours chez des voisins, la jeune fille avait accompagné François Mitterrand
à Metz, puis vers Pagny-sur-Moselle par où passait la nouvelle frontière franco-allemande. De là, François Mitterrand aurait gagné Nancy où il aurait été pris en charge par d’autres
résistants.
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Voir le Fonds Julien Schwartz, Maire de Boulay de 1959 à 1992, conseiller général du canton de Boulay de 1961 à 1992, Président d'honneur de l'AFU. Archives départementales de
la Moselle.
Si aux dires de Henri Hiegel, dont la source était Léonie WILHELM, le maire de Kemplich avait bien préparé l'exode en divisant les 141 habitants en trois groupes soit :
7 voitures, tirées par 11 boeufs et chevaux emmenant 6 hommes, 21 femmes et 19 enfants; 23 vaches surveillées par les plus jeunes.
10 voitures tirées par 15 chevaux et boeufs emmenant 9 hommes, 22 femmes et 14 enfants ainsi que 55 vaches.
9 voitures, attelées de 12 chevaux et boeufs et emmenant 12 hommes, 22 femmes et 14 enfants et 55 bovins.
Kemplich dut toutefois abandonner 78 bovins et 193 porcs dans les prés et vendre à moitié prix les bovins non attelés à l'armée en passant à Kirsch.
Peut-être mieux organisé que Hestroff, il n'en demeure pas moins que Kemplich a traîné sur les routes trois semaines durant itou...
1 septembre, Klang, Kédange, Kirsch-lès-Luttange, Hagondange et Rombas. Halte d'une heure à Rombas.
2 septembre, Arrivée à Roncourt après une halte d'une heure à Rombas au milieu de la nuit.
3 septembre, rencontre avec les réfugiés de Dalstein. On assiste à des disputes entre les deux communautés.
5 septembre à 15 h, Kemplich se remet en route direction Saint-Privat, Sainte-Marie-aux-Chênes, Batilly, Jarny où il passe la nuit.
5-6 septembre, Kemplich passe la nuit à Marchéville-en-Wöevre en même temps que Hestroff.
Kemplich revient sur Harville pour gagner Ville-en-Voevre.
7 septembre, à 11h, par une pluie battante, départ pour Bonzé-en-Voevre où les habitants leur ouvrent les granges avec beaucoup de
réticence. L'armée y distribua tout de même lait et café.
9 septembre, Kemplich continue son exode. Départ à 9h30 vers Rupt-en-Woevre, le canal de la Meuse,Villers-sur-Meuseoù Hestroff avait nuité, pour arriver à 19 h à
Ippécourt.
10 septembre. C'est dimanche. Kemplich reprend la route vers 11h et arrive vers 19h à Charmontois-le-Roi dans la
Marne.
11 septembre, lundi 1 heure du matin. Départ par Givry-en-Argonne sur le Chatelier. Arrivée à 17h.
12 septembre, de 8h30 à 17h marche sur Heiltz-l'Evêque.
14 septembre, départ Heiltz, direction Norrois via Dompreny. Kemplich a marché de 8h30 jusuq'à 14h.
15 septembre, on reprend la route pour Chapelaine, Dampierre dans l'Aube. On s'arrête à Ramerupt.
16 septembre, samedi, en route pour Vaupoisson.
9 octobre 1939, Kemplich embarque à Arcis-sur-Aube et arrivera dans la Vienne le 11 octobre à Latillé.
Entretemps, le maire, forcé de rejoindre son centre de mobilisation, avait été remplacé par quelqu'un qui ne parlait pas français...
Klang, le village voisin de Kemplich, fut évacué en une demi-heure le 1er septembre à 17h (sauf le moulin). Direction la Moselle. Klang à l'instar deson voisin Kemplich fut en route trois semaines jusqu'à Nogent-sur-Aube. Les bêtes d'attelage avait en partie crevé en route.
PS : Pourquoi les 474 habitants de Monneren furent-ils séparés ? Les uns furent embarqués à Hagondange et les autres se retrouvèrent également dans l'Aube tout comme
Kemplich et Klang ci-dessus. Budling, semble-t-il, se retrouva aussi dans l'Aube...
Si vous trouvez d'autres témoignages de la présence de François Mitterrand à Boulay à l'automne 1941, faites-les-nous parvenir, histoire de comparer les différentes versions.
... Mitterrand est emmené par les Allemands dans un camp de transit pour évadés à Boulay (Moselle) en
attendant la déportation en Pologne.
Tout sauf ceci: au petit matin du 10 décembre 1941, Mitterrand escalade la porte du camp et s'enfuit sous
les balles. Il se cache pendant trois jours dans le placard d'un bar-tabac. Grâce à plusieurs filières d'évasion, dont celle de cheminots communistes, Mitterrand rejoint la zone non occupée.
...
Dans un site consacré à la généalogie de la Meheust Family,
on peut lire que François Mitterand fit ... trois tentatives d'évasion, dont la dernière, le 10 décembre 1941, en Lorraine, pieds nus, à la course pendant sept kilomètres jusqu'au
bar-tabac de Boulay, où il trouva refuge dans un placard. ...
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