Hiver 1945-1946, les GI's occupent Hestroff. Comme nous l'avions
relaté, les soldats américains ne faisaient pas toujours bon ménage avec certains habitants, surtout avec ceux dont un membre de la famille avait été enrôlé de force sous le drapeau allemand.
Les Malgré-nous, comme on les appellera plus tard, qui avaient profité d'une permission pour ne plus retourner au front et qui avaient trouvé une cachette à Hestroff avec l'aide de la population,
n'échappèrent pas non plus à leur paranoïa.
La délation, même discrète, a bel et bien existé à Hestroff. Rapidement, les soldats américains furent mis au courant des parcours de vie de tout un chacun lors de l'occupation allemande. Ceux ou
plutôt celles qui leur firent des confidences ne réalisaient probablement pas la portée de celles-ci.
Hestroff n'a pas connu de déportation d'un des leurs par les Américains comme ce fut le cas dans d'autres villages. Il y y eut néanmoins des incidents qui auraient pu tourner au drame.
Nos GI's en campagne depuis de longs mois étaient arrivés à saturation sur le plan nerveux. Beaucoup trop de camarades laissés sur le champ de bataille. Pour probablement taire leur douleur ou
anesthésier leur conscience, ils n'avaient qu'une seule obsession... trouver de l'alcool.
Le père Starck, marchand de vin, avait été courtisé par les officiers allemands à tel point qu'il avait bénéficié de multiples laissez-passer pour aller se ravitailler en Bourgogne. Nos GI's, qui
avait délié certaines langues avec chocolat et chewing-gum, mirent donc sa cave à sac. Rapidement, il n'y eut plus ni vino ni schnaps chez le père Starck. Aussi leur fallait-il
coûte que coûte faire main basse sur des réserves privées. Ils surent assez rapidement que le marchand de vin avait un beau-frère, Jean-Charles Nadé, dit Paté Chaadlé, qui était bouilleur de
cru.
En effet, il restait au Paté Chaadel quelques bombonnes planqués sous le foin, que ni l'armée française en cantonnement, ni les soldats allemands occupant le village, n'avaient réussi à
dénicher.
Au n° 13, Jean NADé, vigneron,
beau-père de Jean-Charles NADé, dit Haidot's Chaadlé
Un beau matin, un GI, déjà bien soûl, défonça la porte du n° 13. Il exigea aussitôt du Paté Chaadlé qu'il sorte sa réserve de schnaps. François, le fils du Chaadel , se tenait debout dans la
cuisine. Depuis l'arrivée des Américains, il avait enfin pu quitter le sinistre cagibi dans lequel il était planqué depuis plus de trois mois. Seulement, François, toujours réfractaire à l'autorité d'où qu'elle vienne, s'opposa au GI. Celui-ci furieux le mit en joue. Le
sang du Paté Chaadle ne fit qu'un tour. Tandis que la pauvre Céline tremblait pour son fils, le vieux père s'élança et colla notre GI au mur.
Le Paté Chaadle, homme juste mais grand colérique, a-t-il impressionné notre soldat ? Sans doute. Le choc dut être tel que dessoûlé notre GI quitta la maisonnée la tête basse et n'y remit plus les pieds.
Cet incident parvenu à nos oreilles a dû marquer les esprits de part et d'autre... Qui sait ? Et si notre gaillard, de l'autre côté de l'océan, était toujours en vie, ce que nous souhaiterions
sincèrement ... ?
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