Le 18 octobre 1584, François de la Trémoille épouse Charlotte de Beaune-Semblançay, comtesse de Tours, une des femmes de « l’escadron volant » de
Catherine de Médicis. Elle a un passé sulfureux, puisque « l’escadron volant » rassemble 200 demoiselles « d’ honneur » de la reine mère, dont le rôle est de séduire
certains hauts personnages du royaume afin de peser sur leurs décisions, en cette période extrêmement troublée des guerres de religion.
…
Avant d’épouser François de la Trémoille, de 10 ans son benjamin, Charlotte, dont la différence d’âge était largement
compensée par sa beauté, fut chargée par Catherine de Médicis d’adoucir les derniers instants du duc d’Anjou, François d’Alençon, qui meurt à 28 ans, usé avant l’âge, le 10 juin 1584. La mort du
dernier frère du roi, le duc d’Anjou, change la donne politique en annonçant l’extinction de la dynastie des Valois, Henri III n’ayant pas d’enfant.
L’héritier légitime du roi est désormais son cousin Henri de Navarre, mais c’est le chef des protestants, ce qui provoque une montée en force de l’opposition de la
Ligue catholique dirigée par Henri, duc de Guise. Pour aggraver la situation, de l’autre côté de la Manche, le 17 février 1587, Elisabeth 1ère (qui avait été promise à Henri III qui
lui préféra Louise de Lorraine) fait décapiter, dans des conditions horribles et après de longues années d’emprisonnement, la cousine germaine de Henri de Guise, Marie Stuart, catholique, reine
d’Ecosse et ex-reine de France. Par réaction, Philippe II d’Espagne prépare une flotte immense pour envahir l’Angleterre : c’est l’Invincible Armada. En France, Philippe II apporte son
soutien à Henri de Guise et aux Ligueurs contre les huguenots, mais aussi contre le roi Henri III.
Il faut donc encore surveiller le duc de Guise. Catherine de Médicis confie cette nouvelle mission à la baronne de Châteauneuf. Ce qui n’était pas pour déplaire à
Charlotte…
Paris, gagnée à la Ligue, se soulève, et Henri III est obligé de fuir. Il se réfugie à Chartres. Mais Guise ne sait pas exploiter la situation pour s’emparer du
pouvoir.
Marie de Médicis convainc son fils qu’il serait bon de se réconcilier avec le duc qui a pour lui non seulement Paris, mais aussi l’Eglise, une armée et une foule de
spadassins prêts à tout. Une personne peut faciliter les choses : Charlotte dont le retour s’impose. … Aux Tuileries, Catherine de Médicis lui confie sa mission auprès du duc de
Guise.
Bientôt on aboutit à un pacte d’union entre Henri III et Henri de Guise, suivi d’une réconciliation officielle, le 21 juillet 1588 : aucun hérétique ne pourra
monter sur le trône de France, ce qui écarte Henri de Navarre ; l’héritier de Henri III sera le cardinal de Bourbon ; Henri le Balafré, duc de Guise deviendra lieutenant général du
royaume et des états généraux seront convoqués à Blois. Charlotte sent bien que le roi se soumet aux événements parce qu’il n’a pas le choix, mais que, au fond de lui-même, il ne capitule
pas.
Les états généraux se réunissent à Blois le 1er octobre avec une majorité de députés partisans du duc de Guise. Malgré cela Henri III tarde à appliquer
les décisiosn du pacte d’union, le danger espagnol ayant beaucoup diminué en raison de l’échec de l’Invincible Armada décimée par une série de tempêtes.
Charlotte, elle aussi, est à Blois, en mission auprès de Henri le Balafré, en principe au service de la reine mère, en fait de plus en plus pour son propre
compte.
La pression du duc de Guise devenant de plus en plus forte sur le roi, ce dernier décide de l’éliminer physiquement.
Le 22 décembre au soir, lorsque le Balafré se met à table avec les belles dames de la cour, Charlotte à son côté, il trouve, en dépliant sa serviette, un billet sur
lequel a été griffonné à la hâte : « méfiez-vous le roi veut vous assassiner ». Il demande à un valet une plume et de l’encre et écrit au-dessous « Il n’oserait », puis
il tend le papier à Charlotte, qui, inquiète, li demande de prendre garde. Il froisse alors le papier et, dédaigneusement, le jette sous la table. Après le repas il se retire dans la chambre de
la baronne de Châteauneuf. C’est là qu’ne chambrière apporte un billet l’avertissant à nouveau. A trois heures du matin, il quitte Charlotte et se retirer dans ses appartements pour se
reposer.
Le lendemain, vers neuf heures, Charlotte est convoquée dans la chambre de la reine mère qui l’informe que le duc de Guise est mort le matin même vers sept heures,
exécuté par la garde personnelle du roi.
Charlotte blêmit, se met à sangloter et tombe près du lit. Le seul homme qu’elle ait sans doute jamais aimé est mort et, avec lui, tout espoir d’échapper enfin à
Catherine de Médicis qui la tient sous sa tutelle depuis plus de vingt ans.
Ce n’est que partie remise puisque, quelques jours plus tard, la reine mère prend froid et rend l’âme à son tour le 5 janvier 1589.
Les seigneurs de Châteauneuf-sur-Sarthe en Anjou, par Gérard Galand, 2005
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Charlotte de Beaune Semblancay, baronne de Sauve (1551-1617). Elle devint la maitresse de Henri de Navarre (futur Henri IV) lors de la captivité de
celui-ci après la St Barthélémy alors qu'elle est dame d'honneur de Marguerite de Valois depuis 1574. Elle était alors mariée à Simon de Fizes, baron de Sauves. Dans le journal de Henri III le
15/05/1577, il est écrit que Catherine de Médicis se fit servir par Mesdames de Retz et de Sauves, "toutes deux nues et ayant leurs chevelures épars comme épousées". Extrèmement séduisante,
Charlotte de Sauve fut ensuite la folle passion du duc d'Alençon, fils de Catherine de Médicis et devint sa maitresse vers 1578. En 1584, elle épouse François de la Trémoille, marquis de
Noirmoutier (mort en 1608) dont elle aura un fils, Louis (1586-1613) qui continuera la branche des Tremoille. En 1587, elle devient la maitresse très aimée de Henri le Balafré, duc de Guise
(1550-1588). A la veille de son assassinnat, Henri de Guise dit le Balafré, passa sa dernière nuit d'amour dans les bras de Charlotte à Blois.
http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/8925,l-escadron-volant-de-catherine-de-medicis.html
A propos de
l'escadron volant de Catherine de Médicis , voir aussi Henri IV, drame historique par V. de Saint-Hilaire et
Michel Delaporte, représenté pour la première fois à Paris le 17 octobre 1846
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