Sylvain Caen se trouvait dans un bataillon autonome. Sergent-chef dans les chars, il fut envoyé, durant l'hiver 1939-1940, à l'école des officiers à Versailles, d'où il sortit trois mois plus
tard, aspirant. Alors qu'il se trouvait en permission, il fut rappelé le 10 mai, au moment de l'attaque des troupes allemandes sur la Hollande et la Belgique. Affecté à un bataillon de chars en
formation stationné dans le Loiret, il fut surpris par la débâcle."Nous étions en formation, il n'y avait donc ni les effectifs ni le matériel voulu. Nous dûmes faire notre retraite d'abord à pied, puis nous avons embarqué à Châteauroux, afin de descendre vers le sud, comme toute la France."
A Angoulême, Sylvain Caen partit comme volontaire avec une section de chars sans canons, dont l'objectif était de défendre la ville de Bordeux contre l'invasion allemande. Ils sont arrivés à Bordeaux le jour de l'armistice. Dans la nuit, ils reçurent l'ordre de traverser la Garonne, ce qui leur a évité d'être faits prisonniers...
"A partir de ce moment-là, j'ai fait les efforts nécessaires pour rechercher ma famille, que je finis par retrouver à Annemasse, le long de la frontière suisse. Pour ma part, j'étais disposé à rester dans l'armée. J'avais été élevé dans un esprit patriotique, dans le principe d'une France forte, avec une armée moderne. Je faisais partie d'un régiment de chars qui était à l'avant-garde. Toute l'armée n'était pas ainsi, à l'époque. Les Français ne voulaient pas "mourir pour Dantzig". A leurs yeux, c'était le problème de la Pologne avec l'Allemagne, ils ne se sentaient pas concernés. C'est surtout aux yeux de ceux-là que Pétain avait l'air d'un sauveur...
"J'avais vingt-et-un ans au moment de l'Armistice et j'étais désemparé parce qu'on n'était pas parti en guerre pour la perdre. Ce fut une grande déception. Lorsqu'en septembre, on a commencé à parler d'un statut des Juifs, promulgué en octobre 1940, je n'ai pas voulu subir l'affront d'être mis à la porte de l'armée. J'ai demandé à être démobilisé, alors que c'est au sein de l'armée que j'aurais été le mieux à l'abri avec mon traitement d'officier...
"Il y eut vingt-deux généraux juifs destitués de l'armée en 1940 ! Pas un seul des autres généraux, en voyant son camarade juif renvoyé, n'a donné sa démission pour autant, ne serait-ce que par solidarité militaire... Même de Lattre de Tassigny est resté dans l'armée d'armistice jusqu'à l'occupation de la zone sud. Il n'est devenu résistant qu'après. Les choses n'étaient pas si simples..."
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Né en
Lorraine, dans un petit village (Hestroff) proche de la frontière allemande où sa famille s'était implantée depuis des siècles, Sylvain Caen avait vingt ans en 1939. Il était sous-officier
dans l'armée, après s'être engagé en 1937 par devancement d'appel et avoir effectué deux ans de service militaire à Metz, sous les ordres du Colonel de Gaulle.
Sylvain CAEN, que nous n’avons pas connu personnellement, avait cependant laissé des traces dans la mémoire surtout de nos
chères mamans. Quelques négligences nous ont fait perdre la photo in memoriam sur laquelle il apparaissait, peu avant son décès, avec une canne.