Ligne Maginot et Guerre 39-45

Vie et mort des Juifs sous l'occupation

Sylvain Caen se trouvait dans un bataillon autonome. Sergent-chef dans les chars, il fut envoyé, durant l'hiver 1939-1940, à l'école des officiers à Versailles, d'où il sortit trois mois plus tard, aspirant. Alors qu'il se trouvait en permission, il fut rappelé le 10 mai, au moment de l'attaque des troupes allemandes sur la Hollande et la Belgique. Affecté à un bataillon de chars en formation stationné dans le Loiret, il fut surpris par la débâcle.

"Nous étions en formation, il n'y avait donc ni les effectifs ni le matériel voulu. Nous dûmes faire notre retraite d'abord à pied, puis nous avons embarqué à Châteauroux, afin de descendre vers le sud, comme toute la France."

A Angoulême, Sylvain Caen partit comme volontaire avec une section de chars sans canons, dont l'objectif était de défendre la ville de Bordeux contre l'invasion allemande. Ils sont arrivés à Bordeaux le jour de l'armistice. Dans la nuit, ils reçurent l'ordre de traverser la Garonne, ce qui leur a évité d'être faits prisonniers...

"A partir de ce moment-là, j'ai fait les efforts nécessaires pour rechercher ma famille, que je finis par retrouver à Annemasse, le long de la frontière suisse. Pour ma part, j'étais disposé à rester dans l'armée. J'avais été élevé dans un esprit patriotique, dans le principe d'une France forte, avec une armée moderne. Je faisais partie d'un régiment de chars qui était à l'avant-garde. Toute l'armée n'était pas ainsi, à l'époque. Les Français ne voulaient pas "mourir pour Dantzig". A leurs yeux, c'était le problème de la Pologne avec l'Allemagne, ils ne se sentaient pas concernés. C'est surtout aux yeux de ceux-là que Pétain avait l'air d'un sauveur...
"J'avais vingt-et-un ans au moment de l'Armistice et j'étais désemparé parce qu'on n'était pas parti en guerre pour la perdre. Ce fut une grande déception. Lorsqu'en septembre, on a commencé à parler d'un statut des Juifs, promulgué en octobre 1940, je n'ai pas voulu subir l'affront d'être mis à la porte de l'armée. J'ai demandé à être démobilisé, alors que c'est au sein de l'armée que j'aurais été le mieux à l'abri avec mon traitement d'officier...
"Il y eut vingt-deux généraux juifs destitués de l'armée en 1940 ! Pas un seul des autres généraux, en voyant son camarade juif renvoyé, n'a donné sa démission pour autant, ne serait-ce que par solidarité militaire... Même de Lattre de Tassigny est resté dans l'armée d'armistice jusqu'à l'occupation de la zone sud. Il n'est devenu résistant qu'après. Les choses n'étaient pas si simples..."
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Sylvain CAEN, résistant, déporté sous l'occupation

Né en Lorraine, dans un petit village (Hestroff) proche de la frontière allemande où sa famille s'était implantée depuis des siècles, Sylvain Caen avait vingt ans en 1939. Il était sous-officier dans l'armée, après s'être engagé en 1937 par devancement d'appel et avoir effectué deux ans de service militaire à Metz, sous les ordres du Colonel de Gaulle.

"Le village dans lequel habitait mon père, se trouvait en pleine ligne Maginot. Les habitants furent évacués en 1939 et dirigés sur des lieux de refuge, situés en général dans l'ouest de la France. Mon père est, lui, allé s'établir chez une de mes soeurs qui se trouvait dans la région de Sarrebourg. En juin 1940, à l'issue de l'avancée allemande, toute la famille est partie vers le sud de la France. Ils ont été coupés par les Allemands dans le Doubs, et sont passés par la Suisse. Très vite après la signature de l'armistice, les Suisses leur ont signifié que, la guerre étant terminée, ils devaient rentrer chez eux. Ce qui était impossible, puisque l'Alsace-Loraine avait été annexée par l'Allemagne. Il était hors de question pour les Juifs d'y retourner. Les rares qui s'y trouvaient encore à ce moment-là avaient été expulsés. Restait la zone sud...
"Ma famille s'est donc installée en Haute-Savoie.
"En 1939, j'ai fait l'entrée en Allemagne. La plupart des gens ignorent qu'en 1939, c'est la France qui a attaqué et nous sommes entrés en Sarre, très facilement du reste. Nous n'avons rencontré que très peu de résistance, car les Allemands étaient en grande partie engagés dans leur campagne de Pologne et la plus grande partie de leur armée se trouvait de l'autre côté. C'est véritablement à ce moment que l'état-major français n'a pas su exploiter les possibilités qu'il avait ! Au bout de quinze jours on s'est replié devant, puis derrière la ligne Maginot. Nos chefs militaires étaient des incapables. Les guerres ne se gagnent pas toujours par ceux qui, militairement, sont les plus forts : l'erreur tactique peut être lourde de conséquences.

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"Sylvain Caen was born in 1919, in Hestroff, France. At the time this portrait was made Mr. Caen resided in Paris. Sylvain Caen passed away in the winter of 1996.

He fought in the French Resistance and was later caught by the Germans and sent to Auschwitz via the French transit camp at Drancy. He also survived Buchenwald.

An ardent French patriot, decorated by De Gaulle himself, Mr. Caen was able to balance his strong ties to France Israel. while recognizing his Jewishness and attachment to"

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Quand un site web américain fit paraître cet avis de décès, avec photo, l’Europe n’était encore guère branchée alors qu’aux USA et au Canada le web s'était largement vulgarisé.

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Sylvain CAEN, que nous n’avons pas connu personnellement, avait cependant laissé des traces dans la mémoire surtout de nos chères mamans. Quelques négligences nous ont fait perdre la photo in memoriam sur laquelle il apparaissait, peu avant son décès, avec une canne.


Sa nièce Huguette de Strasbourg nous a fait parvenir un portrait de Sylvain tel que les jeunes filles de Hestroff l’ont connu et apprécié.

 

Outre, cette photo, Huguette nous a également fait parvenir un témoignage de son oncle paru dans « Vie et mort des Juifs sous l’occupation », par Myriam FOSS et Lucien STEINBERG, paru chez Plon en 1996. Ce livre n’est plus disponible. Aussi, pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de Hestroff sous l'occupation, nous retranscrirons l'intégralité du témoignage de Sylvain CAEN qui vous en apprendra davantage sur sa famille hestroffoise en exil.

Bien plus encore que l'Histoire a occulté.

Vie et mort des Juifs sous l'occupation - 1 -

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Depuis la parution de deux articles du Républicain lorrain, édition Saint-Avold, du 19 juillet dernier, plusieurs recherches sur le camp du Ban Saint-Jean près de Boulay ont abouti sur Hestroff.com.

 

Aussi avons-nous sollicité l'autorisation de publier l'intégralité des articles 

 


Pour les abonnés au RL en ligne, rien de plus simple. Cliquez sur les liens ci-avant.
Pour les autres, faudra prendre patience.

Dépôt de gerbe par le Conseil régional de la Lorraine représenté par Joëlle BOROWSKI, membre permanent

Un album illustrant l'hommage rendu en septembre 2007 aux milliers d'Ukrainiens et de Slaves morts au Ban Saint-Jean durant la dernière guerre mondiale est en ligne.


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