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METZ, ancienne, grande & très-forte ville, capitale du pays Messin, gouvernement de place avec une citadelle, le chef-lieu d’un gouvernement général, d’une
généralité & d’une recette particulière ; le siège d’un évêché suffragant de Trèves, d’un parlement, d’une chambre des requêtes du palais, d’une chambre des comptes, d’une cour des aides
& monnoies, d’une chancellerie, d’un bureau des finances, d’une table de marbre & d’une maîtrise particulière des eaux & forêts, d’une intendance, d’un présidial & d’un
bailliage ; d’une chambre de police, d’une prévôté générale & d’une lieutenance de la maréchaussée ; d’un hôtel des monnoies, dont la marque & le caractère distinctif des
espèces qui s’y fabriquent sont AA ; d’une jurisdiction des traites & fermes du roi, d’une subdélégation de la commission de Rheims, d’une jurisdiction consulaire, d’une autre pour la
marque des fers, d’un hôtel de ville, avec un bureau de la recette du prêt & du droit annuel pour les officiers de judicature, police, finances & autres, sujets aux revenus casuels du
roi, dans la généralité de Metz ; avec un bureau pour la recette des domaines & bois & c.
Metz doit être mis au rang des villes du second ordre & on y compte 36000 habitans, ou environ.
Cette ville est située au confluent de la Seille & de la Mozelle,
partie dans un fond & partie sur une montagne ; à dix lieues vers le septentrion de Toul, à une égale distance au septentrion de Nanci & au
couchant d’hiver de Sar-Louis ; à vingt-sept au levant d’hiver de Bouillon, à vingt-quatre au même point de Sedan, à trente-deux au couchant d’été de Strasbourg, à seize au levant d’hiver de
Montmédi, à dix-neuf au couchant d’hiver de Trèves, à cinq au midi de Thionville & à six au septentrion de Pont-à-Mousson ; à douze au levant de Verdun, à la même distance au
levant de Longwy & au midi de Luxembourg & à soixante-douze au levant de Paris ; au 23 degré 51 minutes de longitude & au 49 degré 7 min. de latitude. Route de
Paris à Metz, par Pantin, Meaux, La Ferté, Château-Thierry, Dormans, Epernay, Châlons, Notre-Dame de l’Epine, Ove, Sainte-Ménéhould, Clermont, Verdun, Malatour & de-là à
Metz.
La Mozelle environne cette ville au couchant d’été & au septentrion. A une petite distance au-dessus de la ville, sur la gauche de la route de Metz à Paris, une
digue de pierres, nommée
Wadrineau, longue de 160 toises, détourne le cours de cette rivière & la partage en deux canaux,
dont l’un entre la ville, où il est retenu en différents endroits par des écluses & l’autre baigne seulement ses murailles. Cette digue a 20 pieds de pente jusqu’au radier &
l’eau de la Mozelle, en passant par-dessus, forme par sa chute dans toute la longueur de la digue une nappe d’eau & une cascade qui font un très-bel effet à la vue. On voit sur la rive gauche
de ce bras de rivière & au-dessous de la digue, une promenade publique, vulgairement appelée l’Isle : elle est plantée depuis très-longtemps & contient cinq allées de 137 pieds
d’arbres chacune.
La Seille entre dans la ville au midi, à la gauche de la porte Mazelle, après s’être auparavant partagée en deux bras, dont le plus petit baigne les murs des remparts au levant & y entretient une eau vive. Le bras qui entre dans la ville y est retenu par plusieurs digues & vannes, y fait tourner plusieurs moulins de toutes espèces & y est d’une grande utilité aux tanneurs. Il entraîne d’ailleurs une bonne partie des immondices de la ville & va se joindre à la Mozelle, à l’extrémité du retranchement de Guise, vis-à-vis l’ïle Chambrière.
Le bras de la Mozelle qui entre dans la ville, n’y est pas moins utile que celui de la Seille. On y passe ces deux bras de rivière sur 13 ponts, dont un ou deux seulement sont de bois : ce sont le pont des Morts, Pontifroit, le pont des Grilles, le pont S. Georges, le pont S. Marcel, le pont du Moyen-pont, le pont Cassaille, le pont Chailly, le pont du Pondé, le pont Moriaux, le pont Malfait, le pont de l’intendance & le pont de la Comédie. Dans le nombre de ces ponts ne sont pas compris tous les ponts de bois qui sont faits sur les fossés des remparts, avant les portes ou pont-levis.
Moyen-Pont © septembre 2011
On entre dans Metz par sept portes ; savoir, la porte des Allemands, la porte Mazelle, la porte S. Thibault, la porte du pont des Morts, autrement appellée la porte de France, la porte de
Thionville, la porte Chambrière & la porte de Saulcy. Plusieurs de ces portes ou pont-levis sont répétés deux, trois & même quatre fois ; les unes ont une double porte de bois
& les autres plusieurs ponts-levis, suivant les différents ouvrages de fortifications qui les défendent.

La description des fortifications de cette ville entraînerait dans un trop long détail ; je dirai seulement que Metz est une des villes de France de la première force & la première
de cette classe après Strasbourg. Ses remparts ont une lieue & demie ou environ de tour.
Cette ville a deux parties, la ville & la ville neuve, autrement appelle le fort de la double couronne de Mozelle.
On commença, en 1728, à bâtir cette dernière partie : elle fut achevée en 1731, sous les ordres & par les soins de M. le maréchal duc de Belle-Isle. Les
ouvrages de fortification qui défendent cette partie de la ville du couchant au septentrion, ont près d’un quart de lieue de longueur : ils sont ouverts par des portes, la porte de France,
qui communique au pont des Morts, la porte de Thionville, qui communique au Pontifroy. Ce fort renferme, outre plusieurs maisons de particuliers, la paroisse de S. Simon, desservie par des
chanoines réguliers, à laquelle est unie le collège royal de S. Louis ; deux corps de casernes, dont l’un pour l’infanterie, est destiné à loger un bataillon du corps-royal de
l’artillerie ; l’autre est ordinairement occupé par cinq escadrons de cavalerie : les officiers sont logés dans des pavillons séparés. La caserne de Royal-artillerie a été bâtie aux
frais du roi, qui est chargé de son entretien.
Outre ces casernes, la ville neuve contient encore un hôpital royal militaire, assez grand pour contenir mille lits & plusieurs magasins & hangards destinés pour le service de
l’artillerie & des fourrages. Les Capucins son aumôniers à l’hôpital royal.
Quant à la ville, M. le maréchal de Belle-Isle a travaillé depuis 1733, où il en a été fait gouverneur, jusqu’en 1762, l’an de sa mort, à rectifier l’inégalité de son terrain & le peu
de goût qu’on avait anciennement dans la construction des bâtiments & dans l’ouverture des communications au centre de la place.
Metz est divisée en dix-sept quartiers ; savoir, les quartiers de S. Victor, S. Gorgon, S. Livier, S. Georges, S. Marcel, S. Simon, Sainte Croix, S. Ségolène, S. Ferroy, S. Simplicien, S.
Jacques, S. Martin, S. Gengoulf, S. Jean, S. Vic, S. Eukaire, S. Maximin & S. Etienne. Chacun de ces quartiers avoit autrefois sa paroisse ; mais deux ayant été réunies aux paroisses
voisines, on n’en compte plus que quinze.
Les rues, quais & carrefours de cette ville, sont éclairés pendant les mois d’hiver par plus de 600 lanternes, dont l’établissement a été ordonné par édit de juin 1697 : cependant, qu’il
y ait des lanternes allumées ou non, quiconque marche après dix heures du soir dans les rues, est obligé d’avoir une lumière, ou au moins de porter du feu.
En 1733, on a établi dans cette ville 45 carrosses de louage, qui sont beaucoup plus propres & plus honnêtes que les fiacres de Paris. On pourrait les comparer aux carrosses de remise de
cette capitale.
Pour ce qui concerne les édifices de cette ville qui méritent attention, on remarque la cathédrale dont je parlerai plus bas ; l’hôtel de l’intendance, celui des spectacles, le gouvernement,
quelques ponts & les différents corps de casernes : l’évêché & le palais où siège la justice n’ont rien de remarquable.
Pont de la Préfecture
L’hôtel de l’intendance a été bâti en 1739, dans une île de la Mozelle : il est remarquable par sa situation, par la beauté & la grandeur de ses bâtiments.
Pont Saint-Georges
L’hôtel des spectacles, bâti en 1750, est dans la même position & à côté du premier : il est remarquable tant au-dedans qu’au dehors. Le front de cet édifice est orné de portiques de
l’ordre toscan. Il communique à deux pavillons faits en demi cercle, qui embellissent beaucoup cette partie de la ville. Le pavillon de la droite contient au rez-de-chaussée le magasin à sel
& la douane, vulgairement appelée le poids de la ville. Le pavillon de la gauche contient au premier étage quatre logements complets de colonels : les cuisines, remises & décharges
sont au rez-de-chaussée. Le second étage est aussi destiné pour loger des officiers.

Tous ces édifices sont accompagnés d’une grande & belle place plantée d’arbres, où se trouve toujours un grand concours de monde & surtout d’officiers aux heures du
spectacle ; c’est aussi sur cette place que se tient maintenant la foire de mai.
Le gouvernement est un édifice à la vérité fort simple, mais très vaste & remarquable par sa situation avantageuse à l’extrémité de la ville qui regarde la citadelle & au bout de
l’esplanade qui sépare la citadelle de la ville. Le jardin du gouvernement se nomme jardin de Boufflers ; c’est le seul jardin public de Metz. Il est petit & n’a qu’une allée, qui
est large & bien ouverte. Sa grande élévation sur une des rives de la Mozelle, qui lui sert de canal, procure une vue agréable & fort étendue à ceux qui s’y promènent.
Palais de Justice et esplanade
L’esplanade, tout récemment plantée d’arbres, formera aussi dans quelques années une très belle promenade pour les habitants de ces quartiers de la ville.
Les remparts, presque partout couverts d’ombre, ne contribuent pas peu aux agréments de la ville de Metz.
Les corps de casernes de cette place sont Coislin, Chambrière, la haute & basse Seille & S. Pierre.
M. le duc de Coislin, évêque de Metz, sans cesse occupé du soulagement & du bien des habitants de cette ville, fit jeter les premiers fondements des casernes de Coislin en 1726, sur la place
connue autrefois sous le nom de Champ-à-Seille. Ces casernes sont composées de quatre aîles de bâtiments, dont deux grands en face l’un de l’autre & deux plus petits entre les deux
extrémités des premiers : ces quatre bâtiments forment un carré long, fermés aux angles par quatre grandes portes de fer à grillages. L’emplacement renfermé entre ces quatre pavillons, doit
plutôt être regardé comme une très-belle place, que comme une cour. Les deux grands corps de bâtiments destinés pour le logement des soldats, ont 47 toises & demie de longueur, sur sept de
largeur ; les faces sont régulières et ornées d’un fronton, soutenu par deux pilastres saillants ; elles sont percées chacune de 70 croisées. Chaque caserne renferme 60 chambres de
soldats. Les deux pavillons des extrémités sont destinés pour le logement des officiers : ils ont chacun 18 toises de longueur, sur sept toises & demie de largeur & renferment
chacun 22 grandes chambres, outre six cuisines, une écurie de 45 pieds de longueur sur 15 de largeur, avec d’autres commodités.
Les casernes de Chambrière, situées dans le district de la paroisse S. Livier, proche les remparts & à quelque distance de la porte Chambrière, ont été bâties avec leurs pavillons en
1726, aux frais de la ville : il n’y a que le rez-de-chaussée des fours de munition qui soit aux frais du roi. Le grand pavillon qui est du côté de la ville & qui fait face au
premier, a été construit en 1732 pour la cavalerie. Chaque pavillon a deux étages au-dessus du rez-de-chaussée & sont joints aux deux extrémités par un bas-mur surmonté de grillages,
avec une porte au milieu. Du côté des remparts on a ménagé un emplacement considérable pour faire l’exercice & toutes les évolutions militaires. Il y a aussi le long du pavillon quatre grands
puits pour l’usage des soldats.
Le pavillon destiné pour le logement de l’infanterie, peut contenir quatre bataillons François & deux bataillons Suisses ; celui de la cavalerie est ordinairement occupé par trois
escadrons.
Les casernes de la haute Seille sont composées de deux pavillons à gauche & près de la rivière de Seille, immédiatement après son entrée dans la ville, près de la porte Mazelle. Ces
deux corps de logis, en face l’un de l’autre & séparés par une grande cour, ont trois étages & sont destinés à loger des officiers. Au rez-de-chaussée sont quatre écuries qui
peuvent contenir 20 chevaux chacune. Ces casernes ont été bâties en 1754 par les soins & sous les ordres de M. le maréchal de Belle-Isle.
Les casernes de la basse Seille ont été construites en 1726 aux dépens de la ville, sur la rive gauche de la Seille, proche les remparts, à l’endroit où cette rivière sort de la ville. Elles ont
deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, qui est un peu élevé à cause de la rivière. Cette caserne est ordinairement occupée par un bataillon d’infanterie Françoise.
Les casernes de S. Pierre sont situées sur la rive droite de la Mozelle : elles ont été construites en 1691, aux frais de la ville, sous le gouvernement de M. le duc de la Ferté Senneterre
& par les soins des magistrats. Ces casernes ne consistent qu’en un pavillon, dont le rez-de-chaussée contient quelques écuries & les ouvriers de la manufacture de toile de
coton de la ville. Le second étage contient ordinairement un demi-bataillon ; mais il est particulièrement destiné à loger des troupes de passage pour le soulagement des bourgeois.
La ville de Metz a un grand nombre de places : la place d’armes, celle que l’on nomme en Chambre & d’autres dont nous avons déjà fait mention, sont
les plus fréquentées.
Les rues de la ville sont bien pavées & assez propres : elles sont en général droites et passablement ouvertes, surtout les dernières construites. Les maisons y sont bien bâties &
ont ordinairement deux étages : cependant on n’en découvre pas facilement les toits & les gouttières sont conduites jusqu’en bas par le moyen de tuyaux.
La citadelle est fort ancienne : on en a jeté les premiers fondemens en 1561, sous le règne de Charles IX & en 1562, M. de Vadancourt en fut nommé le premier gouverneur. La beauté
de la construction de cette place, la largeur & la hauteur de ses fossés, font voir combien on estimait alors cette ville importante. Elle est située au midi & à la droite de la Moselle,
qui baigne un de ses longs côtés au couchant. Cette place forme un carré long assez régulier, fortifié de quatre bastions du chevalier de Ville. Le front du côté de la campagne a été couvert par
M. de Vauban, d’un grand ouvrage à corne retranché d’une demi-lune ; le côté de la ville est défendu par un rempart fort élevé. Celui qui est baigné par la Moselle est fermée par une vieille
muraille flanquée de tours.
Entre plusieurs petits corps de casernes que cette place renferme, on remarque celui qui est en entrant à gauche, bâti en 1753. Ce pavillon est assez grand pour
contenir deux bataillons François. Outre l’arsenal qui est assez considérable, la citadelle renferme plusieurs magasins pour le service de l’artillerie & celui des vivres, c’est dans ce
dernier que l’on conserve, depuis le siège de Metz, des bleds, sels & riz qui faisaient partie de l’approvisionnement qui avait été formé à ce sujet. Les bleds & riz qui restent
encore aujourd’hui sont de peu de valeur & d’une très médiocre qualité & on ne les conserve plus que par curiosité : il y a encore douze quartes de froment & trois
quartes de riz.
L’église paroissiale de la citadelle est dédiée à S. Jean & le curé est en même temps l’aumônier des troupes qui sont dans la place. Il n’y a qu’un très petit nombre de bourgeois dans
la citadelle : ce sont quelques boulangers & cabaretiers.
Il y a de l’autre côté de la Mozelle, un moulin à poudre vis-à-vis le jardin de Boufflers : il a sauté en 1756, dans le temps que les ouvriers prenaient leur réfection & personne
n’est péri.
Pour ce qui concerne le gouvernement ecclésiastique de la ville de Metz, on y a tenu sept conciles ; le premier en 590, pour l’affaire de Gilles, archevêque de Rheims, accusé de conspiration
contre Childebert, roi de Metz ; le second en 753, en présence de Pépin, roi de France & d’Austrasie, sur la discipline ecclésiastique ; le troisième en 835, commencé à Thionville
& continué à Metz, pour le rétablissement de Louis le Débonnaire sur le trône impérial ; le quatrième en 863, touchant le divorce de Théodeberge, épouse de Lothaire, roi de
Lorraine ; le cinquième en 869, pour le couronnement de Charles le Chauve, en qualité de roi de Lorraine ; le sixième en 888, tenu le premier mai sur la discipline ecclésiastique ;
& le septième enfin en 1286, sous la présidence de Jean, légat du Saint Siège. Henri de Fenestranges, archevêque de Trèves, mourut subitement dans cette assemblée.