Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /Nov /2009 04:39
19 novembre 1944, lendemain de libération

Les soldats du Général Patton s'installent à Hestroff pour y hiberner au moins jusqu'à mi-février 1945.

Les gens du village leur font la fête mais rien à voir avec la liesse qu'a connue Paris. Dans nos villages les gens ont la joie discrète.

Chez le Hévan's Camille - Camille HACKSPILL - célibataire, occupant une grande maison transformé en tripot lors de l'occupation, plusieurs GI's y trouvent breakfast omelet. Autant dire que tous les lits y sont occupés.

Au Café Lorrain, chez Hyppolite MAILLARD, nos Blacks prennent plaisir à être servis par la jeune et jolie fille Slave, Katarina JAKYNIW.
En face, il y a le père STARCK, marchand de vin, à qui ils n'arrêtent pas de réclamer vino & schnapps...
A tout cela assiste notre gamin de 12 ans, Roger BEHEM, qui continue à être fasciné par ces faciès peu couleur locale distribuant chewing-gum à volonté...

Tout le monde semble heureux et pourtant...

L'envers du décor est que les GI's soupçonnent tout le monde d'être de collusion avec ceux qui se sont retirés. C'est vrai que dans ce village on cause quelque chose qui ressemble tant au german... Seraient-ils déjà en Germany ?

Les épouses des Malgré-nous toujours au front de l'Est sont molestées, très souvent suite dénonciation par celles qui, après avoir copiné ouvertement avec l'ennemi d'hier, n'hésitent pas à monnayer leurs charmes auprès des nouveaux conquérants. C'est ainsi que MLH s'entend accuser d'avoir un baby germany... De colère, ses premières notions d'anglais fusent... No ! French !

Certaines épouses, dont les maris étaient absents, eurent même la surprise de voir surgir dans leur chambre à coucher des GI's nus comme des vers... C'est que les braves se sentaient irrésistibles ou étaient en manque depuis leur débarquement en Normandie. Ce fut notamment le cas de la Foncin's Catherine et de la Louise Kètt. Certainement d'autres dames, qui se sont tues, ont-elles connu pareilles mésaventures ou pire...?

Bref, osons-l'avouer... nos libérateurs, trop souvent éméchés, commencent à agacer la population qui subit depuis plus de 4 ans l'irréparable. L'exode, l'exil, les privations, les hommes obligés de faire la guerre sous un drapeau qui n'est pas le leur; plus d'une semaine de tirs croisés entre la Floss, m'Harainville et la colline de Gomelange ébranlant les murs et faisant trembler les lits. Mais surtout ce manque de respect, cette désinvolture auxquels leur éducation rurale ne les avait guère préparés.

Reliquat de ce que fut le fortin de m'Harainville où une batterie d'artillerie américaine avait pris place dès le 19 novembre 1944

Les ex planqués, suspectés de complicité, ne font pas trop bon ménage non plus avec tous ces hurluberlus. En réalité certains règlements de compte commencent déjà... Et ceux qui ont le plus de drèck am spèck ouvrent "leur grande gueule"...

La méfiance s'installe... Un jour, le Paté Chaadlé prit sa hack pour aller aux champs. Un GI lui dit "I come with you to fields". Jean-Charles Nadé, sous sa moustache blanche, grommela à voix basse à l'encontre de sa Céline : "Pass noomen op... dé loo faschtén alles vat ma saan...Dèa wél mét mïa én det feld géén" (fais seulement attention.. ceux-là comprennent tout ce que nous disons... Il veut m'accompagner au champ).

Si 70 ans après tous nos parents vouent toujours une reconnaissance sans faille aux forces américaines qui ont perdu tant des leurs pour les libérer, force est de constater que la discipline régnait davantage dans les rangs de l'armée allemande. Les soldats de la Wehrmacht respectaient nos femmes. Il n'y eut pas de pillage. Les femmes n'eurent pas besoin de se cacher et trembler pour leur vertu.

La plupart étaient de pauvres gars, comme les nôtres, obligés de faire la guerre. Ils ne s'en cachaient d'ailleurs guère auprès des habitants. Rien à voir avec les féroces SS dont eux aussi étaient victimes.


NB :
L'attaque de Metz par la 3e armée américaine de Patton rencontra une forte résistance de la défense allemande et se solda par de lourdes pertes de part et d'autre. La bataille dura plusieurs semaines entre septembre et décembre 1944.


















Par solnade - Publié dans : Libération de Hestroff
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