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Le bildstock de Hestroff
par Gérard Gabet
Expression de la foi vive de ceux qui nous ont précédés, les croix de pierre sculptées constituent une richesse artistique de notre région. Ce patrimoine original, dont il faut garder le souvenir et assumer la préservation matérielle, est l'expression d'un art populaire vivace qui a pris naissance au XV° siècle, et a perduré sous des formes assez fidèles jusqu'au XIX° siècle.
Le fût trapézoïdal est orné des instruments de la Passion du Christ. Le côté droit montre le fouet et la colonne de la flagellation, un pot à parfums et un entrelacement de lances. L'arrière montre un sabre, une carafe, le marteau et la tenaille. Le côté gauche a dans sa partie inférieure une bourse qui ne peut être que celle de Judas, encadrée de 25 pièces de monnaie, surmontée d'un roseau, d'une tunique, de la croix et de l'échelle. L'avant du fût n'a que la couronne d'épines sculptée sur le bas.

Sur le haut de cette même face un anneau sculpté maintient un écusson sur le haut duquel sont inscrits les noms des donateurs: ALSTEN-MILL, alors que le reste est lisse. Au-dessous un écriteau permet de lire:
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GOTT ZV LOB VND EREN ALE PASSANTEN ZUR ANDACHT HAT HUGO ALSTEN UND BRIGITTA MILL EHELEVT DIS CREVTZ ERBAUT
Hugo d'Alsten et Brigitte Milly , son épouse, ont construit cette croix à la gloire et par amour de Dieu et pour le recueillement de tous les passants
1625 |
L'édicule comporte quatre
niches globalement rondes avec cependant le sommet de l'arc creusé dans un concept flamboyant. Leurs bases sont interrompues en deux endroits, créant trois segments. Les extérieurs supportent les
piédroits et le centre est destiné au saint. Le nom du saint est gravé sur le haut de la niche, ce qui est précieux ici, car l'iconographie est originale.
Dans la niche avant, Saint Nicolas, avec un manteau aux pans ondulés, tient la crosse de la main gauche. Les trois enfants se tiennent par la main comme s'ils dansaient de joie dans le cuvier.
Saint Nicolas
Sans l'inscription « S BRIGITTA » il aurait été difficile d'affirmer que la sainte agenouillée, un chapelet à la main devant un petit autel sur lequel est dressé le Christ en croix est la patronne de la fondatrice. Sainte Brigitte était invoquée au Moyen Age lors des épizooties.
Sainte Brigitte
A gauche, Saint Hugo, patron du fondateur tient une église. Il s'agit, en peinture, d'une représentation classique pour dire que Hugo a été certainement un généreux donateur de l’église de Hestroff. Il n'est pas certain que l'on puisse transposer cette notion au bildstock et il n'existe aucun indice dans l'inscription du monument.
Saint Hugo
Au revers et au-dessous de l'inscription « S AEGIDIUS » on voit une biche devant saint Gilles qui a le milieu de son corps transpercé par une flèche. Gilles, l'un des quatorze saints auxiliaires s'était retiré dans la forêt pour y mener une vie d'ascète. Alors qu'il souffrait de l'acidité qui ulcérait son estomac, il vit venir à lui une biche qui se laissa traire pour le soulager. Le saint fut blessé par une flèche tirée par le roi wisigoth Wamba qui chassait et voulait atteindre l'animal venu se réfugier près de l'ermite. Lorsque Gilles mourut vers 721, le roi, par repentance, construisit sur son tombeau, le monastère qui devint étape des pélerins venant d'Arles pour rejoindre Compostelle.
Saint Gilles
Le monument est à comparer à celui de Volmerange-les-Mines par la forme des niches et les inscriptions et à celui de Diding par le thème du fût et le drapé des personnages. Les dates de construction ne sont de plus pas très éloignées: respectivement 1622 et 1630.
Gérard Gabet rappelle avoir tiré ce descriptif du livre de Guy Blaise « Les Bildstocks, des chefs-d'oeuvres inconnus »
Analyse des monuments du pays thionvillois. Editions Serpenoise 2001 ISBN 2.87692.510.9
Cadre historique
L'année 1621 est caractérisée par une recrudescence de la peste dans le pays messin. L'épidémie se propagea dès 1623 à toute la Lorraine et gagna le Luxembourg. La maladie parut s'apaiser au cours de l'année 1626. Il semble bien que l'érection du bildstock de Hestroff en 1625 soit consécutive à la détresse de la population qui implorait la clémence du ciel.
Le bacille « pasteurella pestis » n'a été découvert qu'en 1894 par Yersin. Il résiste si bien au froid qu'il peut passer l'hiver dans des cadavres ou des déjections d'insectes. Les rongeurs, chats et souris, y sont particulièrement sensibles. L'agent vecteur est la puce qui va transporter le bacille de rat en rat et peut aller piquer l'homme. Cette maladie a ressurgi au XIX° siècle à partir de la province chinoise de Yunan. De nos jours des foyers de rongeurs infectés subsistent comme à Madagascar, avec quelques cas isolés atteignant l'homme.
La guerre de 30 ans (1618-1648) a ravagé tout le Saint Empire romain germanique et en particulier la Lorraine avec un décalage de 1631 à 1661 et a entraîné une baisse de la population d'environ 70% dans le pays de Nied. Beaucoup de villages ont disparu à cette époque. Il est à noter que 90% des bildstocks sont datés d'avant la guerre de 30 ans.