Mercredi 3 mars 2010
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Il y a dans la ville de Metz une communauté d’environ 3000 juifs que l’on y tolère. Ils occupent un quartier séparé & limité à la droite de la Mozelle, près du
retranchement de Guise.
Leur nombre étant devenu beaucoup plus considérable qu’il n’était autrefois, ils sont obligés d’élever leurs maisons jusqu’à cinq & six étages pour pouvoir se loger. Ils ont une magnifique
boucherie sur le bord de la rivière. Il est libre à chaque particulier ou bourgeois de la ville de Metz d’y aller faire sa provision, mais il est défendu aux Juifs de porter de la viande hors de
leur quartier pour la vendre ailleurs.
Quant au commerce, ils peuvent faire toute sorte de trafic et l’on trouve chez eux des marchandises de toutes espèces, quoiqu’il ne leur soit pas permis d’avoir des boutiques. Lorsqu’ils sortent de
leur quartier, ils sont obligés d’avoir un manteau noir, qu’ils portent ordinairement sous le bras et un rabat blanc. La plupart ont aussi une barbe qui les distingue. Ils ont une synagogue qui
n’a rien de remarquable : elle est fort petite et les femmes y sont séparées des hommes. Elles sont placées dans une salle élevée d’où elles ne sont pas vues, mais où elles peuvent
entendre tout ce qui se dit et voir tout ce qui se passe dans la synagogue. On y lit le texte de la loi, écrit d’un côté à l’antique, sur de grands rouleaux de parchemin, qu’ils renferment
soigneusement derrière les rideaux d’une armoire ; ils ont une manière de chanter en lisant et l’honneur de lire le texte sacré s’achète au plus offrant : le rabbin explique ce qui a été
lu. Ils font des prières pour le roi, les princes et les magistrats (1).
Tous les ans au mois de juillet, ils font une assemblée, dans laquelle on procède en forme d’élection, soit pour nommer leurs nouveaux syndics, qui sont ordinairement au nombre de sept, soit pour
confirmer les anciens. Ces syndics sont chargés de la police ; ils administrent les affaires de la communauté et imposent par rôle toutes les sommes nécessaires à leurs charges et autres
objets.
Dans les affaires qui naissent entre eux, ils n’ont point d’autre juge que leur rabbin, qu’ils font ordinairement venir de loin, afin que n’ayant point de parents il ne favorise personne ;
mais sa décision n’a force qu’autant que les deux parties veulent s’y soumettre. Quant aux affaires qu’ils ont avec les catholiques, ils sont traduits devant les tribunaux ordinaires ;et
lorsqu’ils sont obligés de faire serment, ils le font sur le texte de la loi que le rabbin y apporte.
Les juifs de Metz observent des coutumes et usages extraits du cahier qu’ils ont présenté le 2 mars 1743 au parlement de Metz, en exécution des lettres patentes du roi du 20 août 1742, registrées
au parlement le 30 du même mois. Ces coutumes ont été lues en l’assemblée des commissaires le 20 février 1744, mais elles ne sont pas encore homologuées (1767).
Mathias Robert de Hesseln, 1771
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(1) Ce paragraphe a été emprunté à la Notice de la Lorraine, de Bar et du Luxembourg, tome II, écrite par Dom Calmet.
Robert de Hesseln en a laissé tomber la dernière phrase. Il a fait un vrai travail de journaliste qui décrit la situation sans être submergé par les préjugés ou des sentiments
personnels.
Par solnade
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Publié dans : histoire
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