Dimanche 7 mars 2010
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Cependant, une ère de gloire et de bonheur ne devait point tarder à s'ouvrir pour eux : l'élite de la nation juive s'était refugiée sous les drapeaux victorieux
d'Abdalrahman, ou dans l'asile paisible que lui offrait, sur l'Euphrate, le khalife Haroun-al-Raschild (Aaron-le-Juste), l'un des plus grands princes arabes qui aient existé; et la cour de Byzance,
se relâchant de ses rigueurs, allait, pendant un demi-siècle, rendre aux fils d'Abraham la sécurité qu'ils avaient perdue. On eût dit que la chrétienté s'entendait avec l'Islamisme pour respecter
leurs croyances et restituer à ces parias du monde la valeur humanitaire qu'ils s'étaient laissé ravir. Les synagogues d'Espagne florissaient; les universités d'Arabie jetaient un vif éclat; on
rencontrait des juifs à presque toutes les grandes cours de l'Europe et de l'Asie; ils s'y faisaient remarquer par leur érudition et servaient, en quelque sorte, de lien politique entre l'Occident
et l'Orient.
Karl-Magne, dont le puissant coup d'oeil embrassait l'univers, jaloux de s'assurer des alliances en Asie, pour mieux régner sur les régions septentrionales, s'empressa d'envoyer une ambassade au
nouveau Khalife Haroun-al-Raschild. Les comtes Landrède et Sigismond furent chargés de représenter l'empereur, qui leur adjoignit un juif du nom d'Isaac, en raison, sans doute, des habitudes
orientales qu'il avait acquises, et peut-être aussi du crédit dont ses coreligionnaires jouissaient à la cour de Bagdad. Le hasard voulut que Lanfrède et Sigismond mourussent avant d'arriver au but
de leur voyage, en sorte que les intérêts de la chrétienté se trouvèrent entre les mains d'un circoncis. Il paraît, au reste, qu'Isaac réussit; car, à peine eut-il décliné les intentions de
Karl-Magne, que le khalife prit les armes pour lui témoigner sa sympathie, et que, marchant jusqu'aux rives du Bosphore, il ébranla l'empire de Byzance. Pendant ce temps-là, Karl-Magne se faisait
couronner empereur d'Occident et achevait de consolider son pouvoir.
Isaac revient à Aix-la-Chapelle, accompagné d'un ambassadeur persan qui fit au monarque saxon des présents magnifiques et lui donna les clefs du saint sépulcre. Karl-Magne, de son côté, ne demeura
point au-dessous du khalife. Isaac, renvoyé en Perse, cimenta la parfaite intelligence qui régnait entre eux.
"Charlemagne, dit Basnagé, eut beaucoup de considération pour les juifs. Ils se vantaient, sous son règne, d'avoir la liberté d'acheter les vases sacrés et ce qu'il y avait de plus
précieux dans le trésor des églises et des abbayes. Charlemagne apprit avec scandale que les évêques et les abbesses donnaient lieu à ces accusations, et fit une défense sévère à son clergé de
tomber dans un excès si criminel; mais il n'imposa aux juifs ni restitution, ni restriction dans leur commerce; et, en effet, il n'était pas juste qu'ils portassent la peine de l'avarice et de la
profanation des évêques, qui faisaient volontairement ces ventes sacrilèges, afin de les consacrer à leurs plaisirs".
La mort du khalife Haroun-al-Raschild et celle de Karl-Magne ne changea rien à l'heureuse condition des juifs. Elle parut même s'améliorer sous Amin, Mamoun et Motassem, comme elle s'embellit à
l'Occident sous Louis le Débonnaire, monarque fort instruit, éminemment juste et pacifique, trop déprécié parce qu'il eut le malheur de naître fils d'un grand homme, et d'hériter de sa puissance
sans avoir hérité de la plénitude de son génie.
Libres de paraître à la cour, d'élever de nouvelles synagogues et de professer un culte public, consultés sur les matières difficiles, devenant protecteurs de protégés qu'ils étaient, les juifs
jouaient un très beau rôle en Allemagne et en France, sous le sceptre paternel du fils de Karl-Magne. Leur faveur était même si marquée, qu'on voyait les seigneurs, les grands-officiers de la
couronne, les princes du sang flatter par de riches cadeaux la vanité des femmes israélites pour s'attirer la protection des maris. On s'étonne que Louis le Débonnaire n'ait pas craint de froisser
le clergé en favorisant les ennemis naturels du nom chrétien : il fallait qu'il fût bien convaincu de leur mérite et de leur zèle à le servir; il fallait surtout qu'amateur éclairé des travaux
intellectuels, il trouvât parmi les israélites certaines ressources que ne pouvaient lui présenter les autres sujets de son empire.
Cette prédilection du monarque, trop marquée peut-être pour se trouver toujours dans des limites exactes de sagesse et de justice, souleva contre Israel des jalousies et des haines dont
l'archevêque de Lyon, Agobard, fut le plus chaleureux interprète.
Son zèle, malheureusement, l'entraîna beaucoup trop loin. Non content de défendre aux chrétiens les ventes d'hommes et d'enfants qu'ils faisaient aux juifs, les mariages clandestins, les fêtes
publiques, toutes choses qui ressortent des principes de la morale religieuse et des règles d'une bonne police, il institua un marché le samedi, pour forcer Israel à s'occuper d'affaires le jour du
sabbat; il interdit aux chrétiens, sous de vains prétextes, l'achat de la viande et du vin vendus par les juifs, etc. L'empereur, courroucé d'un tel abus d'autorité, envoya sur le champ trois
commissaires à Lyon, chargés de faire une enquête : plusieurs Lyonnais prirent la fuite, avant même que l'instruction fût commencée; Agobard ne sut comment se disculper, et les juifs furent
maintenus dans la libre jouissance de leurs prérogatives, malgré les délations d'Agobard, reconnues souvent fausses. Son Traité des superstitions judaïques, signé par deux évêques qu'il s'était
associés pour donner plus de poids à son autorité, son voyage à la cour, ses démarches, je dirais presque ses intrigues, ne modifièrent en rien les idées de l'empereur. Agobard, désespéré, se
révoltait contre une tiédeur si grande : peut-être ne devait-il s'en prendre qu'à lui-même.
"La protection que les juifs trouvèrent à la cour de Louis, contre un des plus savants évêques de son siècle, les fit florir en France, dit Basnage. On disait hautement à la cour qu'il
fallait respecter la postérité d'Abraham et celle des patriarches. Quelques-uns négligeaient même le dimanche, et observaient religieusement le samedi, parce que Dieu l'avait marqué comme le jour
de son repos. On aimait mieux aller entendre les sermons des rabbins que ceux des curés et des moines, qui, étant alors ignorants et grossiers, donnaient peu d'édification. Enfin un diacre du
palais, nommé Putho ou Paudo, quitta sa charge et l'église chrétienne pour entrer dans la synagogue."
Le silence des chroniqueurs en ce qui concerne les israélites sous le règne de Lothaire 1er et de Louis II doit nous faire présumer qu'ils continuaient à jouir des privilèges que leur avait
accordés le dernier empereur. Ils furent également heureux sous Karl-le-Chauve, monarque faible mais aimant les sciences, les lettres, et protégeant ceux qui les cultivaient. Aussi l'accusation qui
pesa sur eux d'avoir attiré les Normands, de leur avoir même livré Bordeaux, Périgueux, etc., n'est-elle justifiée par rien. Il ne faut pas plus ajouter foi qu'à la prétendue conspiration de
Toulouse, en faveur des Sarrazins, sous le règne de Karl-Magne. Les juifs ne pouvaient espérer le moindre avantage de tels changements.
Puissants et nombreux dans le Languedoc, la Provence, l'Aquitaine, le Lyonnais et la Bourgogne, ils ne l'étaient pas moins en Lorraine, et surtout à Metz.
Cette multiplicité rapide inquiétait le clergé. Il les prêchait partout, jusque dans leurs propres synagogues.
Archives israélites de France, revue mensuelle religieuse, historique, biographique, bibliographique et littéraire, par une société d'hommes de lettres sous la direction de S. CAHEN, traducteur
de la bible
Tome IV, Paris, Année 1843
Par solnade
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Publié dans : histoire
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