Ligne Maginot et Guerre 39-45

Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 09:49

Le journal local vient de publier un nouvel article relatif au Fort aux Fresques, dans lequel il rappelle que les bénévoles, membres de l'association,  n'ont pas hiberné lors de la mauvaise saison. Ils ont mis à profit le long hiver que nous avons connu pour aménager le fort en profondeur et le rendre plus attractif et instructif aux visiteurs tous les premiers dimanches du mois.


Ni la descente de 107 marches, ni la température ne dépassant pas 14°, ne devraient décourager les passionnés de la Ligne Maginot.


Construit dans une clairière entre 1931 et 1935, ce fort était qualifié de "petit ouvrage d'infanterie". Il compte 3 blocs de combat plus un bloc d'entrée. Il s'étend sur 1400 m de galeries à 30 m sous terre.


Plus de 2500 ouvriers de toutes nationalités y ont travaillé jour et nuit. Cet apport de main-d'oeuvre fit la prospérité du village qui comptait moins de 400 habitants et où fleurissaient, avant guerre, plusieurs auberges prises d'assaut : chez Emile BOTTER, les cafés de la Poste et La Lorraine, mieux connu comme café MAILLARD, chez BAJOLET au Streiffel, la maison MOLL, refuge des Tchèques, des Slovaques et des Algériens, la barraque de l'entrepreneur VENTURI et ses 3 filles Adriana, Clara et Ida, fréquentée par les Italiens et où on y dansait jusqu'à l'aube.


A 10 mètres des VENTURI, dans la maison "Célestin DEPENWEILLER", un autre débit de boissons tenu par un certain BUTTI qui maria sa fille à un gars du village, René BLUME. René, inhumé au cimetière de l'Est à Metz-Queuleu, tenait la comptabilité avec son copain Louis HUMBERT pour le compte d'un GEONOTTI, chargé du paiement des salaires des ouvriers. Le comptoir Geonotti se situait dans le Lammaparch (parc aux moutons) entre les routes vers Ebersviller et Edling.  Sans compter l'entrepôt d'alcool de la mère BOLIS, de nationalité italienne aussi, à la Geissenmihlen. Force est de constater que la communauté italienne était importante à cette époque-là.

 

Mentionnons aussi les "baraques jaunes" qui servirent de réfectoire aux nombreux ouvriers puis furent occupées par les soldats de Bockange.

 

La route de Metz entre Streiffel et Bockange. A droite les "baraques jaunes"  vues de Piblange

copyright solnade 1er mai 2009


 

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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 13:27

Lors de la construction du Fort aux fresques, plus de 2500 ouvriers de divers horizons séjournaient dans des baraquements ou chez l'habitant à Hestroff. Plusieurs débits de boisson se sont rajoutés pour l'occasion aux vieux bistrots déjà en place.

A ces ouvriers se sont rajoutés les soldats du camp de Bockange. Des baraquements en dur ou en bois jalonnèrent la route de Metz entre le Streiffel et Drogny.
Les villageois furent même conviés à participer à l'Aïd ou la fête du mouton par les Marocains portant le tarbouch rouge, stationnés au Streiffel.

Les baraquements marocains se trouvaient à droite des ateliers Fencl au Streiffelvers Anzeling
copyright 1mai09 solnade

 

Le troc connut de beaux jours, les commerces prospérèrent et les villageois s'engraissèrent en vendant oeufs, poulets, moutons, veaux, vaches et cochons...


Le village avait sa mercerie avec les soeurs REINERT, sa boulangerie avec le père HUMBERT, sa boucherie-charcuterie avec Le Pèta, alias Nicolas CAUDY, son épicerie ECO tenue par Joséphine NADé-MATHIS, mieux connue comme la Eco's Finé. Les marchands ambulants venant d'autres villages y avait également une clientèle fidèle.

 

Sans oublier que Hestroff avait deux forges, l'une appartenant à Pierre JACOB et l'autre à Camille KIEN, et un grand atelier de mécanique agricole fondé par Pierre DODELLER de Flastroff.


Tous ces commerces ont disparus avec leurs propriétaires. Les deux derniers à avoir mis la clé sous la porte, à la fin du siècle précédent, furent le Café Lorrain et la boucherie Caudy.



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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 13:43

Lors de la construction du Fort aux Fresques, plusieurs mariages furent célébrés à Hestroff dans les années '30 et après 1939.

  • Odile BOITEUX °1905, fille de Victor et Anne REIMERINGER, épousa le 18 janvier 1932 Otorino PERINI, d'origine lombarde (Cremona).
  • Joséphine et Mathilde BOUR, filles de Jean Théophile et Julie BAJOLET épousèrent respectivement un CIBIC, d'origine slovaque et d'OLIVEIRA, d'origine portugaise.
  • Céline KETZINGER °1912, fille de Nicolas et Anna NADé, épousa René Emile Constant DELMONT, conducteur de travaux, originaire de Dijon.
  • René BLUME, fils d'Alphonse et Catherine BARTOLINO, épousa une fille BUTTI, dont le père tenait un bistrot dans l'ancienne maison de Célestin DEPENWEILLER.
  • Anne-Marie GEANT °1914, fille de Pierre et Anne-Marie MAUJARD, épousa Lucien ROCHE originaire de la Marne (Huiron).



D'autres filles du village choisiront leur partenaire pour la vie parmi les soldats ayant transité par le camp de Bockange ou ayant occupé l'ouvrage d'Anzeling et le Fort de Hestroff.

Parmi elles, on peut citer :


  • Rosalie MOLL °1916, fille de Jean et de Catherine, avec René DENIS du 162e RIF  
  • Marie RITZ °1917, fille de Nicolas et Justine REINERT, avec Marcel THIRRIARD des Ardennes
  • Anne RITZ °1919, soeur de Marie citée ci-avant, avec Antoine SINTEFF devenu garde-forestier
  • Eugénie DODELLER +2008, fille de Nicolas et Marie Suzanne SCHERRER, avec René DUVAL de Paris, originaire des Ardennes (voir commentaire ci-dessous de Jean-Luc, neveu et filleul du couple).
  • Marie WAGNER °1921, fille de Georges et Anna REIMERINGER, avec Léon SINS, originaire du Bas-Rhin (Siewiller).
  • Pauline NADé °1924, fille de Jean-Pierre, dit Jeanpel, et Marie BENTZ, avec Hubert MULLER originaire de Soucht, à la frontière de l'Alsace Bossue.

Léon SINS au centre

Collection Gérard Sins, aimablement prêtée à l'association du Fort aux Fresques

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Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 00:00
Le destin du Fort de Bousse construit sur le ban de Hestroff, occupé par 4 officiers du 162e régiment d’Infanterie de Forteresse, 138 hommes qui laissèrent des traces de leur séjour -les fameuses fresques- et un chien, est indissociable de l'ouvrage d'Anzeling bien plus important. Feu Paul NADé, jeune sous-officier, transita par l'Anzeling avant d'être fait prisonnier par les Allemands à Morfontaine. Il connaissait bien les deux ouvrages. Il aurait pu vous en faire la description tout comme son ami feu Justin CHILLES de Piblange.

Aujourd'hui, fort à propos, vient de paraître dans le journal un article sur la cité militaire de Bockange dont les travaux furent achevés en septembre 1939 quand les habitants de Hestroff furent sommés d'évacuer leur village.

En vue de redonner vie à cette cité investie en grande partie par les civils et où ne subsistent plus que 30 logements appartenant encore à l'Armée, une journée "retrouvailles" est programmée pour le 28 août prochain. Si vous désirez y contribuer, vous
pouvez prendre contact au 06 86 62 02 52. Site Internet de Roland Gautier : http://camp-de-bockange.chez-alice.fr/conclusion3.html

Soldats du 162e RIF à Metz, boulevard de Trêves - 1938

Hommes du 162e RIF à Bockange ? - 1938


Vue partielle sur le camp de Bockange depuis le terrain de foot de Hestroff - 1er mai 2009



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Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 18:00

Après les années fastes, l’exode…

 

1er Septembre 1939.


Les rumeurs d'une guerre  imminente s’amplifiant, c’est au tour de Hestroff, classé en zone rouge à cause de la grande proximité de la Ligne Maginot, d’être évacué.

Emile BASSOMPIERRE, le garde-champêtre, l'annonce au village qui en reste pétrifié.

 

Le maire Joseph LEMMERY et l’instituteur THIEL seront les coordinateurs de l’évacuation de 303 personnes, principalement vieillards, femmes et enfants, en 18 voitures attelées.


Quelques heures leurs furent accordées  pour plier bagage ou plutôt préparer leur baluchon. Un bagage à main par personne. Plusieurs voitures attelées furent réquisitionnées.

 

C’’est ainsi qu’avec zack oon pack, nos anciens prirent à pied la direction de Montier-en-Der en Haute-Marne d’où ils furent convoyés vers Saint-Sauveur près de Châtelleraut dans la Vienne.

 

Les habitants qui vivaient dans leur grande majorité des revenus de leurs terres durent abandonner leurs récoltes, leurs bêtes et même les tonneaux de schnaps prêt à être distillé.

 

Que faire des animaux de la ferme ? Sinon leur redonner la liberté ?

On ouvrit grandes les portes des poulaillers, de l’étable, de la porcherie.

 

Belle pagaille et scènes de détresse. Les vaches laitières en errance meuglaient tant... qu’on pouvait voir, dans les prés, les hommes du village réquisitionnés pour la guerre et les soldats du 162e RIF les traire pour soulager leurs pis douloureusement gonflés.


Plusieurs villageois, aujourd'hui octogénaires et une mémoire sans faille, se rappellent et peuvent témoigner de cette journée tragique où tout un chacun dut se résigner, la mort dans l'âme, à errer sur les routes comme des vagabonds...


Ils ne savaient pas encore que ce jour-là, à 4h45, les Allemands venaient  d'envahir la Pologne avec le prétexte d'une attaque polonaise de la station de radio de Gleiwitz. Il s'agissait en fait d'une attaque montée par les SS, qui utilisèrent des prisonniers de droit commun vêtus d'uniformes polonais. L'opération s'appelait ironiquement "boîte de conserve"...

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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /Mai /2009 09:50
Hestroff et l'exode de ses habitants le 1er septembre 1939

2 septembre 1939

Tôt ce matin-là, 303 personnes de Hestroff, se partageant 18 voitures attelées, entament leur douloureux voyage, laissant divaguer leurs chats et chiens, la basse-cour, les lapins dont on avait ouvert les clapiers, les cochons et les vaches que certains par compassion ont traites avant le départ.

Première étape : Saint-Privat-la-Montagne

Les ordres sont clairs. Il va falloir parcourir plus de 40 kilomètres par monts et par vaux en évitant au maximum les voies principales réservées à l'armée. Les personnes valides doivent descendre des voitures à l'abord des côtes pour ménager les montures.

Direction Ebersviller. D'Ebersviller, il faut remonter le grand massif forestier pour rejoindre Aboncourt. Puis direction Altroff, tout en haut sur la colline. Il ne faut surtout pas traverser Bettelainville où cantonnent les soldats français. D'Altroff on va rejoindre Flévy où on pausera.

Vingt kilomètres viennent d'être parcourus et tout le monde est déjà bien fatigué. Bêtes et gens sont désaltérés. Chacun tire son casse-croûte du baluchon.

Cependant, il faut aller de l'avant et traverser la Moselle pour rejoindre sur l'autre rive Maizières-les-Metz d'où on rejoindra l'étape finale tard le soir.

Il s'agit de remonter le seuil de l'Argonne, véritable épreuve pour les gens et les chevaux qui ont déjà parcouru près de 30 kilomètres.



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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 05:09
Sur la route de l'exode, 2 septembre 1939

3 septembre 1939, les réfugiés de Hestroff se réveillent à Saint-Privat-la-Montagne encore exténués du long périple de la veille.

Ceux qui, il y a 24 heures encore, croyaient qu'il ne s'agissait que d'une fausse alerte, commencent à trouver la pilule bien amère. Certes, ce sont toujours les mêmes qui râlent ou qui se taisent... Force est de constater quand même que tout le monde se retrouve sur la paille au sens propre et figuré.

Si les enfants et les adolescents se croient encore en colonie de vacances, il en va tout autrement des parents qui réalisent qu'ils ont quitté tous leurs biens restés au village. Dormir sur la paille, même fraîche, n'est pas non plus au goût de ces dames qui regrettent de ne pas avoir pu emporter leurs jolis draps de lin amoureusement brodés avant les noces.

Beaucoup d'entre elles ont même sacrifié la couverture de laine pour mettre dans leur baluchon quelques futilités à l'exemple de Barbara HACKSPILL, qui se trimbalait avec son manteau en vison recouvrant nonchalamment un gros jambon fumé enfoui dans ce qu'on appelait une "lessiveuse"... Mais, dans sa frivolité, cette dernière eut quand même le réflexe de s'emparer d'un boutis qu'elle offrit pour la nuit à son vieux père âgé de 87 ans.

Bref, au petit matin, à Saint-Privat-la-Montagne, Hestroff avait le ventre vide et le teint livide...

Certains, comme le très vieux Jean-Pierre Hackspill, jamais à cour d'anecdotes, se rappela que c'est justement à Saint-Privat que le régiment du fils d'un cousin perdu de vue y avait laissé sur le carreau, le 18 août 1870, 500 hommes et 12 officiers... C'est ainsi qu'il raconta à ceux qui partageaient sa charrette empruntée à son jeune fils Camille, avec sa vieille pipe toujours à la bouche et seul objet qu'il emporta, que Saint-Privat, à la demande de Guillaume 1er, qui l'avait appelé "le tombeau de ma garde",  fut cédé à l'empire allemand en échange de Belfort qui put ainsi rester français.

A ce propos, rappelons que Saint-Privat, village de l'ancienne province du barrois, avait 331 habitants répartis dans 55 maisons quand la bataille du 18 août 1870 se solda par une victoire des armées prussiennes et saxonnes, malgré la défense héroïque du village par le maréchal CANROBERT. Les derniers combats eurent lieu dans le cimetière du village et l'église fut détruite. Cette bataille décisive eut pour conséquence l'encerclement de Metz par les troupes de BISMARCK.
On murmura que, pendant que ses troupes se faisaient décimer, le maréchal BAZAINE, commandant en chef, jouait au billard au quartier général.



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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 05:13

Au petit matin du lundi 4 septembre 1939, nos réfugiés quittent Saint-Privat, direction le canton de Fresnes-en-Woëvre, dans le département de la Meuse. Bien moins performants que l’avant-veille, toujours pas lavés, ils n’atteindront leur but qu’après 40 km de marche via "le cou du canard", tout en évitant soigneusement le centre de Conflans, à travers les contreforts du duché de Bar.

 

En route, l’armée leur distribue eau, pain et fromage. Comme d’habitude, les plus hardis s’engraisseront tandis que les plus timides ne ramasseront que les miettes ou seront astreints à la diète…

 

Il fait beau. Il y a foule dans les champs. Le cœur des nôtres se sert à la vue des paysans affairés aux semailles d’automne, qu'eux avaient programmées après leur fête patronale qui devait avoir lieu du 10 au 13 septembre de cette année-là. Cette semaine, alors qu'ils entament un destin sombre, devait être consacrée aux préparatifs joyeux de la Saint-Jean-Baptiste, patron de leur paroisse. Ne s'étaient-ils pas pressés pour rentrer hâtivement leurs récoltes en vue de sortir leurs plus beaux habits pour 3 jours de fête ?


Tout en regardant les vaches meusiennes paître calmement dans les prés, le coeur de plus en plus gros, on pense aux siennes qui divaguent depuis bientôt 3 jours. Et la Britchen, belle et grasse, jamais sortie de son étable... ? Dieu seul sait où elle se touve maintenant...

 

Ici dans la Meuse, plus personne ne parle le patois mosellan et partout les gens qui les voient passer avec leurs 33 charrettes et 55 chevaux suivis d’enfants et femmes de tout âge, posent la même question :


D’où venaient vous ?

 

Gênés, nos anciens qui, dans leur immense majorité, n’avaient jamais appris le français, laissaient répondre les gamins et les tout jeunes gens qui, depuis 20 ans, ont eu la chance d’étudier dans la langue de Molière… Mais comment franciser ce foutu Heschdroff voire Hestroff ? Et puis, c’était sans compter avec l’Emile BASSOMPIERRE, le garde-champêtre, qui n’arrivait pas à fermer sa schnabel et continuait à causer en francique mosellan, au grand dam de ceux qui partageaient sa charrette. A cause de ce foutu bled à la consonnance si germanique, de ceux qui ne savaient se taire, ne se sont-ils pas fait injurier ? N’ont-ils pas été traités de boches ? Ces braves gens, pleins de hargne, ne les accusent-ils pas d'avoir coupé les mains de leurs enfants en 14-18… ?

 

Cette journée est assurément encore plus douloureuse que les 3 précédentes. Outre les insultes, on vient d’apprendre qu’après un ultimatum donné à l’Allemagne de retirer ses troupes de Pologne, l’Angleterre, hier à 11 heures, et  la  France à 17 heures, ont déclaré la guerre devant le refus de Hitler d’obtempérer.


 

Tout espoir de retour est définitivement perdu. On n'ira pas danser dimanche soir, ni le lendemain, réservé traditionnellement aux plus âgés de la commune.

 


Plus que les regrets d'avoir dû quitter leur village, la faim et la soif, la crasse... désormais c'est la honte leur fidèle compagne...

 

 

 


 

 

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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 15:24
Sur la route de l'exode, 4 septembre 1939. Fresnes-en-Woëvre

Hestroff est dans le canton de Fresnes-en-Woëvre depuis hier soir 4 septembre 1939. Plus exactement à Marcheville, petite commune de moins de 100 habitants. Nous sommes mardi matin. Comme les jours précédents, la municipalité du village hôte, assistée de l'abbé SCHERTZ, curé de la paroisse de Hestroff, se sont chargés de la répartition des réfugiés vers les maisons particulières, les locaux communaux, les étables et écuries réquisitionnés pour l'occasion.

Bien entendu, personne n'est content. Ni les Fresnois forcés d'accueillir ces pouilleux, ni les "pouilleux" de s'entasser dans les écuries quand d'autres des leurs avaient la chance de retrouver un vrai lit.


Cependant, chaque "waan" essayait de ne pas se séparer pour la nuit même s'il fallait partager le même sort à même la paille.

Charrette à foin : image-photos.linternaute.com/image_photo/550/

Camille HACKSPILL, au nombre des hommes restés au pays, avait été affecté à la surveillance du viaduc de Chailly. Aussi, laissa-t-il à son père, sa soeur et sa nièce sa charrette à foin, la lèètawaan... Son vieux père, le Hévan's Jean-Pierre, tel qu'on le nommait, voulait rester avec l'armée qui avait investi Hestroff. Mais sa fille Barbara l'a forcé à la suivre. Ce qui fait qu'il ronchonne beaucoup. Après tout, n'est-ce pas sa 3e guerre ? Comme lors des 2 premières, il aurait préféré attendre l'ennemi chez lui. Il se sent bien vieux et fatigué et aurait préféré attendre la mort dans son lit...


303 réfugiés pour 33 voitures. Le compte est rapidement fait. Il faut encore "inviter"  7 autres personnes sur cette charrette bien incommode. Sans hésitation, le choix se portera sur les voisins,  la Rosa, la 2e femme du Kieffa's Néclé, et les jeunes orphelins de mère Gilbert et Elise, leur meilleure amie, la Madeleine BERTOLINO, mieux connue comme la Picken Madeleine, accompagnée de 3 de ses enfants, Thérèse, 17 ans et ses jeunes frères François et René, âgés respectivement de 10 et 8 ans.

Eugène PICK, le mari de la Madeleine était affecté à la gare de Metz, tandis que Nicolas HUMBERT, le mari de la Biblé, employé
aussi des chemins de fer de l'Est, l'était à la gare de Vigy. Où était Nicolas KIEFFER ?

Une grande solidarité unit nos gens sur leur voiture de fortune. La Biblé et la Picken Madeleine sont complices depuis longtemps. Thérèse et Marie-Louise, toutes deux de la classe 21, sont copines de classe et plus encore. Elise et Gilbert Kieffer, à peine sorti des langes, sont pris en charge par les jeunes garçons Pick.

Il règne une certaine harmonie entre les occupants de la léétawaan. Cela ne les empêche toutefois pas de jalouser ceux qui sont convoyés par plattwaan, dont deux, ô luxe suprême, avaient même une bâche… Et puis cette odeur tenace de jambon fumé qui ne les lâchait pas depuis leur départ de Hestroff. Alors qu’on commençait à souffrir de la faim, il était interdit d’entamer ce jambon car il fallait garder une pomme pour la soif...



 

 

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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 06:38

Sur la route de l'exode, 5 septembre 1939, Marchéville


6 septembre 1939.

 

Nouvelle nuit passée à Marchéville qui s'était vidé de ses habitants. Ici en Meuse, les souvenirs de la Grande Guerre sont encore tellement vivaces, que les hommes, prêts à revêtir l'uniforme, essayent de mettre préalablement à l’abri femmes et enfants. Il faut quitter ce pays bien trop proche de l’Allemagne.

La vue de nos misérables mosellans leur devient impossible... Il faut prendre les devants et ne pas attendre le cantonnement de l’armée. Partir le plus loin possible vers le sud ou l’ouest.

Les édiles resteront en place pour faire respecter l’ordre, protéger leurs demeures et leurs biens.

 

Quant à nos réfugiés... ils se sentent de plus en plus mal à l’aise. Ils sont si sales qu’ils se disent qu’ils font fuir les habitants des villages qu’ils traversent. Et ceux, qui restent malgré tout, soit leur font des reproches soit font semblant de les ignorer. Dans tous les cas, sauf les enfants, qui dans leur innocence sont heureux de prolonger les vacances scolaires, la honte ne les lâche plus.

 

La dame, contrainte de les accueillir,  leur lance un regard méprisant. Bien entendu, obligée de leur offrir le gîte, elle ne va sûrement pas leur proposer ne serait-ce qu’une goutte de café même fortement allégé. Elle continue à touiller stoïquement sa confiture
de mirabelles, fendant encore davantage le cœur de nos mères qui se rappellent que cette semaine elles avaient prévu de cuire leur laakich, leur divine marmelade de quetsches qu’on fait cuire à feu très doux plus de 24 heures, et de préparer leurs dernières conserves pour faire de bonnes tartes cet hiver.


Demain, au réveil, toute la caravane doit se remettre en route. Direction Villers-sur-Meuse. Personne ne se doute qu’un "certificat de bonne vie" les concernant les précèdera lors de cette nouvelle étape.

 



































































 

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