18 novembre 1944, un jour triste et gris. Le ciel est très bas et le village engourdi. Les troupes allemandes s’étaient repliées sur Gomelange. Ils n’avaient laissé que trois des leurs en faction en face de la maison Jauchen, à quelques pas de l’église. Autour d'un grand ploch, ils jouaient aux cartes pour tromper leur ennui. Ils semblaient être en attente d'on ne sait quoi...
Marie-Louise HUMBERT, pas encore 23 ans, maman d’un bambin de 14 mois, sans nouvelles depuis le 2 octobre de son Paulé à Berlin, décide
d’aller glaner des pommes qui auraient pu être oubliées ça et là. II est à peu près 3 heures de l'après-midi. Ses parents sont là pour surveiller la sieste de son bébé. Aussi se met-elle en
route.
Les temps sont durs. Comme partout ailleurs, il y a peu à manger au n° 92 ém’Harainville. Une petite compote viendrait à point pour son bébé.
En remontant le Borrenberg entre la Altschool et le Borren, en face de la Philomène's Anna, à part les trois soldats allemands, elle ne
rencontre pas un chat. Elle prend la direction d'Ebersviller jusqu'à la croix du Strochen bordant le sentier menant vers les vergers du Lammert.
Après une bonne heure de vaines recherches, le panier désespérément vide, elle décide de retourner sur ses pas pour traverser la route et aller chercher du côté des
Klèèn Hesseln via les Dreiféissian. Là, peut-être, trouvera-t-elle quelques noix ou des nèfles ?
Route
d'Ebersviller. En face Dreifüssen et Klein Hesseln. C'est ici que MLH vit les premiers GI's
En revenant sur ses pas, à 50 mètres de la route d’Ebersviller, elle voit brutalement des silhouettes casquées avancer en file le dos vouté et le fusil en avant… Elle en reste pétrifiée. En un instant sa vue se brouille. Tout se bouscule dans sa tête. N’avait-on pas chuchoté depuis quelques jours que les soldats américains n’étaient plus très loin ? Que c’était pour cette raison que les Allemands s’étaient repliés derrière la colline de Gomelange ?
Marie-Louise, toujours tétanisée, la peur au ventre mais la joie au coeur, ne sait que faire. A travers les arbres déjà bien dégarnis, elle voit les soldats s’engouffrer dans les premières maisons, chez les Botter, les Hackspill…
Entrée du village. Maisons Botter et Hackspill
Après 10 minutes, 1 demi-heure ou davantage, elle ne le sait plus, c'est le défilement d'un long cortège de jeeps et de camions. Le cœur en chamade, le panier
toujours vide, elle pense à ses vieux parents et son bébé seuls à la maison. Il faut rentrer coûte que coûte. Les jambes en coton, elle s’avance lentement en prenant soin de ne pas faire de
gestes brusques. Ne sait-on jamais... on pourrait lui tirer dessus...
Les soldats avaient investi toutes les maisons jusque chez les Caudy. Devant la Floss, une énorme batterie
type DCA était déjà pointée vers la colline de Gomelange.
Où aller ? A droite, à gauche ? Ses beaux-parents, le Paté Chaadel et la Oma Céline habitent au n° 13 face à la fontaine ronde toute proche.
Alors, elle presse le pas tout en détournant les yeux de ces visages bariolés et pas vraiment amicaux. Elle n'a plus qu'une hâte. Annoncer la bonne nouvelle à ses beaux-parents.
Elle pousse leur porte : Paté Chaadel ! Kom schnèl ! De Amérikanan sén doo !
Le Ronten Borren à la fin du 19e
Au Café Lorrain
