Hestroff, village de la Moselle francique

L’église de Hestroff, placée sous le vocable de la décollation de Saint Jean-Baptiste, fut agrandie avant  1730 comme en témoigne la pierre scellée dans la partie sud du clocher. Le presbytère fut également rehaussé d’un étage.

Lors de la rénovation en 2003 des extérieurs de l’église, une ancienne croix fut mise à jour.  Elle appartenait à la première église. Une autre rénovation, début 2007, des murs de soutainement du cimetière, unique au pays de Nied de par sa position surélevée, mit à jour un premier cimetière situé en-dessous de l’actuel. Denis Mathis, alors 1er adjoint au maire, très engagé dans la restauration de sa commune, eut le génie d’intégrer une stèle, témoin du XVIe, au nouveau mur face au monument aux morts.


De 1680 à 1750, la paroisse se développa rapidement et, sans être à son apogée, passa de 80 à plus de 710 âmes, sans compter le curé, le personnel en service et les personnes échappant à toutes statistiques…

Tous les desservants de la paroisse de Hestroff furent archiprêtres de Kédange relevant du diocèse de Metz.


Ignace ALEXANDRE, curé de Hestroff et archiprêtre de Kédange, dessert la paroisse de Hestroff depuis au moins 1680. Ignace est francophone et francise  tous les noms allemands. Si les Altmeyer se nomment maintenant Vieuxmaire, les Schumacher devenant Cordonnier, etc., il n'en fut pas de même avec d'autres patronymes dont l'éthymologie devait lui échapper tels les Hackspill, Ketzinger et autres ressortants du Tyrol d'alors.

 Le 1er mai 1696, Ignace, licencié ès lois, est nommé vicaire perpétuel de Thionville par l’Abbé de Saint-Maximin.  Il continue cependant à rester responsable de la cure de Hestroff jusqu'en 1700 où il brillait par son absence. C'est un prêtre d’origine parisienne, nommé par le Roi, bachelier et licencié de Sorbonne, aumônier du Roi, vicaire général du diocèse de Namur et curé du château de la même ville qui assure l'intérim jusqu'en octobre 1700, date à laquelle Ignace Alexandre quitte déninitivement Hestroff.  A Thionville, où Il est nommé archiprêtre le 12 décembre 1706, on se rappellera surtout de ses petites chicaneries financières (source : Histoire de Thionville par Gérard Kloppe).



Damien HENWEILLER, curé de Hestroff et archiprêtre de Kédange, décédé en 1747, fut curé de Hestroff de janvier 1701 à  mai 1740. C’est sous son ministère que l’église paroissiale fut agrandie. Il aurait rédigé un testament au profit « des pauvres, surtout des malades, et pour l’écolage des enfants » (voir Gérard Sins).  Damien a inhumé « le huitième du mois d'avril de l'année mil sept cent onze … munie de tous les sacremens de l'église et avec les sentimens d'une piété très chrétienne Demoiselle Françoise Schweis épouse de feu le Sieur Jean Henweiller vivant Officier de Monsieur de Varsberg à Fauquemont et mère de Moy Curé soussigné agée de 73 ans ...inhumée en l'église paroissiale de ce lieu le dixième des mois et an susdis »

Damien, après 40 ans de bons et loyaux services, rédige son dernier acte, au sein de la paroisse de Hestroff, lors de la célébration du mariage de Jean Hackspill en mai 1740. Et puis plus rien. Est-il malade, décédé ? Les registres paroissiaux ne nous en apprennent pas davantage.


Jean Antoine MÜLLER, curé de Hestroff, semble avoir pris fonction début 1741. Sa première cérémonie fut le 2 mai 1741 lors du baptême de Pierre Ketzinger. Müller, contrairement à ses prédécesseurs n'est pas archiprêtre de Kédange (ce titre ayant été attribué à G. STADTER, curé de Drogny et de Burtoncourt). A son arrivée dans la paroisse, il retranscrit 9 actes couchés sur deux feuilles volantes par le vicaire N. JUNG qui officia après la disparition de son prédécesseur.

Müller, qui n'omet jamais son tréma sur le u, est germanophone. Né à Boulay en 1712 d’un père meunier, boulanger et receveur de l’hôtel de ville de Boulay, il est cité, en 1735, clerc au séminaire de Metz.

Sous sa plume, les Vieuxmaire (re)deviennent Altmeyer. Le patronyme Transberg appartient désormais au passé, détrôné par Transberger. Des prénoms comme Jeanne se transforment sous sa plume en Joanne ....

Lors de la rédaction des différents actes de baptême, mariage et décès, il est plus précis, sauf distraction, que ses prédécesseurs. Les jeunes gens non majeurs sont cités avec les deux parents alors qu'auparavant on faisait fi de la mère. Il fait signer les pères lors des baptêmes. En 1747, il rajoute l'heure de naissance (une aubaine pour les astrologues). Lors de l'inhumation, il fait lecture de l’acte et fait signer proches parents et amis présents à l'enterrement.

Sa mère décède chez lui en 1759 mais « son corps selon sa dernière volonté fut mené le lendemain à Boulay où il est inhumé au long de son mari … dans l'église... » en présence de son frère Me Ferdinand Ernest Müller, avoué et notaire royal au baillage royal de Boulay.

Ce n’est qu’en 1765 que Müller signe pour la première fois curé de Hestroff et archiprêtre de Kédange.

L'abbé Müller a eu le privilège de consacrer les reliques venues de Rome en 1771 et de réceptionner les orgues offertes par le géographe ROBERT de HESSELN, enfant de Hestroff et fils du maître d'école Jean François ROBERT.


L’abbé Müller décède le 20 mars 1788 à « onze heures du matin, muni des saints Sacrements et non du viatic à cause d'un délire subitement survenu, accompagné de vomissements ........... après avoir rempli les fonctions pastorales dans cette paroisse pendant quarante-sept ans avec un zèle et charité des plus édifiants. Il  a été inhumé sur le cimetière de cette paroisse devant la croix de la mission ».


Il ne fut pas aisé de trouver un successeur à l'abbé Müller.


Lui succédèrent BECKER, vicaire de Hestroff, J. ALBERT, administrateur de Hestroff et F. BARTHELEMY jusque début avril 1788.


Pierre CLAVé, nouveau curé de Hestroff, dresse son premier acte officiel en cette paroisse, le 24 avril 1788, avec le décès d'Elisabeth BRAUN, belle-mère de Pierre NADé, tailleur d'habits, dont aucun descendant sur Hestroff.

Clavé doit faire connaissance avec ses nouveaux paroissiens et sollicite les premiers mois la présence du maître d'école lors de la rédaction des différents actes, s'emmêlant notamment les pinceaux entre les Berdel et les Berdouille...

1789. Rien d'anormal à signaler au village. Clavé continue à faire connaissance de ses ouailles. La rédaction des actes est cependant modifiée. On ne parle plus d'inhumation mais de sépulture, plus d'extrême onction et de saint "viatic" mais des sacrements des moribonds. Davantage de précision dans la citation de l'âge, de l'heure (demie, un quart...), citation des époux précédents, etc. Sur tous les actes figurent les lieux d'origine des personnes concernées, ce qui permet de rectifier ou de combler certaines lacunes. Grande innovation lors des mariages : les femmes sont citées comme témoin ! C'est le cas lors du mariage de Jean Joseph CAUDY d'Edling et Suzanne HACKSPILL, le 17 février 1789, le père du marié étant décédé c'est sa maman, Madeleine MAYER, qui fut invitée à signer l'acte de mariage. Autre innovation, un procès-verbal relatif à un enfant mort-né non ondoyé par la matrone, nous apprend que le bébé fut enterré sans cérémonie religieuse à côté du cimetière de l'église... rejoignant ainsi tant d'autres nouveaux-nés non baptisés dont l'existence fugitive nous est inconnue...

Sous la plume de Clavé les graphies d'anciennes familles résidant dans la paroisse depuis plus de 120 ans se stabilisent enfin : ex. Hackspill, Kien, ...

Août 1791, Pierre Clavé disparaît subitement de la scène. Son dernier acte remonte au 14 mai 1791. Gérard ZINS, dans son fascicule sur la rénovation de l’église paroissiale qu’il réalisa en 1981 au profit de la restauration de l’église Saint-Jean Baptiste, écrivit à son sujet :

"CLAVé aura la redoutable tâche d’affronter la persécution religieuse de la Révolution. Refusant tout acte contraire à la doctrine officielle de l’Eglise et de ses représentants, il deviendra vite suspect aux yeux des éléments les plus exaltés et devra bientôt s’exiler. Revenu clandestinement en 1800, il célébrera d’abord les cérémonies religieuses en secret. Découvert et arrêté, il sera un moment emprisonné à Metz. Mais peu à peu la tourmente s’apaise et, à partir de 1804, Hestroff est rattaché à la cure de Bouzonville dont le responsable est, depuis l’année précédente, Pierre Clavé lui-même".

François FRANTZ entre en scène au mois de juin 1790 lors de l'inhumation de Henry Nicolas LECLERE, arpenteur. Son dernier acte officiel, le 7 novembre 1792, est l'inhumation de Pierre WACHS, veuf depuis six ans, père de huit enfants dont les trois filles encore en vie ont quitté le village avec mari et enfants. On peut lire notamment que "pendant la nuit du cinq au six novembre 1792 en revenant de Bettange est décédé dans les champs Pierre Wachs mendiant agé de quatre vingt huit ans environ époux de feu Catherine Hachspille et le sept vers les trois heures de relevé après que la visite a été faite par le ? juré en présence de l'officier de la justice de paix et l'accident ayant par eux été  vérifié son corps fut inhumé par moi soussigné sur le cimetière de cette église avec les cérémonies usitées en présence de Jean Dalstein et Antoine Nadé tous deux citoyens de ce lieu qui ont signé avec nous après lecture faite".

François Frantz semble avoir été nommé administrateur de Guinkirchen en 1792 :  "an quatrième de la liberté le neuf aoust vers les onze heures du matin est né et fut baptisé le même jour par moi soussigné prêtre et administrateur de Genkerchien, de Jean Jacques fils légitime de Jacque Hamentien et de Marie Baour de Riderchen paroisse de Genkerchien.."

Le curé Frantz, en butte avec les nouvelles autorités locales, écrit le 9 janvier 1792, lors du décès de Jean NADé "vers les sept heures du matin est mort sans être muni de sacrements à cause de la circonstance des opinions mal attendu et inspiré mal a propos Jean Nadé agé de soixante sept ans, manoeuvre, époux de Madeleine Hartenstein et le lendemain a été inhumé..."  Puis plus rien. Frantz est-il encore à la tête de sa paroisse ? Les derniers actes des registres paroissiaux sont désormais rédigés et signés par des laïcs, notamment par Frédéric RAUBER, maître d'école devenu secrétaire de la toute nouvelle commune de Hestroff, puis le registre est clos en décembre 1792 par Jean-Pierre HOMBOURGER, nouveau maire qui écrit "arrêté et clos par nous maire et officier publique et à la demande de notre Secrétaire greffier de la commune de ce lieu de Hestroff le vingt six novembre mil sept cent quatre vingt douze an premier de la république française".



Mar 28 oct 2008 Aucun commentaire